L'Observateur >> N° 7712 DU JEUDI 09 AU DIMANCHE 12 SEPTEMBRE 2010

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Gabon

Pour avoir la paix, Ali recompte les voix

On a comme l’impression que les dieux de la politique tiennent toujours à ce qu’une succession après un long règne soit très difficile à réussir. Est-ce la loi du karma, cette croyance d’origine asiatique selon laquelle il y a une facture à payer pour nos actions passées, qu’elles soient bonnes ou mauvaises ?

lundi 28 septembre 2009

L’idéal serait seulement que ce constat soit matière à réflexion pour nos dirigeants actuels. Mais tel ne semble pas être toujours le cas.

En attendant, le Gabon est à son tour entré dans cette spirale de lendemains incertains, depuis l’élection controversée du 30 août 2009 qui a connu la victoire du fils de qui l’on sait. André Mba Obame et Pierre Mamboundou, les deux candidats ayant obtenu chacun un peu plus de 25% des suffrages contre 41,7% à Ali Bongo, ne voulaient pas se laisser tondre sans donner de violents coups de corne.

Ils ont si bien montré du muscle qu’ils ont finalement eu gain de cause sur un point de leur revendication. Après plusieurs jours de levée de boucliers pour l’annulation de l’élection, la Cour suprême, la plus haute juridiction du pays, dont l’échine plie difficilement, a finalement ployé : un nouveau comptage des bulletins a lieu aujourd’hui même.

Visiblement celui qui tient mordicus à être le nouveau maître du Gabon s’est vu contraint d’accéder à la requête des opposants après de multiples contestations postélectorales. Rageant tout de même pour Ali Bongo, qui pensait certainement qu’un boulevard était tout tracé afin de rejoindre au plus vite le fauteuil laissé vacant par le père.

L’on peut donc se féliciter que les parties concernées, notamment le Cour constitutionnelle de ce pays, cherchent par cette voie à mettre balle à terre en lâchant du lest. N’est-ce pas là une petite preuve qu’ils se préoccupent de la quiétude des Gabonais ? Néanmoins, l’on peut se poser la question de l’utilité de ce recomptage. Que va-t-il changer ? Pas grand-chose, sauf tremblement de terre. Il serait très étonnant que de cette procédure, Ali Bongo en sorte perdant.

Pour éviter que pareille fâcheuse situation n’arrive, il n’est pas exclu qu’un travail en laboratoire soit déjà fait. La petite consolation qu’auront André Mba Obame et Pierre Manboundou, ce sera d’avoir obligé la machine électorale à faire machine arrière. Mais pour reprendre quelle route ? Peut-être celle de la démocratie, si l’on veut verser dans l’angélisme. La récolte sera cependant maigre. Comme ailleurs.

A quoi a servi ce procédé sous d’autres cieux, en Iran par exemple, si ce n’est à confirmer la « victoire » d’un Mahmoud Ahmadinejad, président de la République sortant, au grand dam des partisans du chouchou de l’Occident, Mir Hossein Moussavi ? Le Pays de Léon Mba fera-t-il exception ?

Rien n’est moins sûr. En attendant, une chose est cependant bien certaine : la Cour constitutionnelle n’a pas joué franc-jeu. Sachant qu’il y avait un lourd contentieux, cette institution devrait tout de même attendre de le vider avant de procéder à la proclamation des résultats. Cette précipitation est, convenons-en, bien suspecte et donne du grain à moudre à ceux qui pensent qu’elle est aux ordres du clan Ali.

Fort du blanc-seing de cette structure, ce dernier, dont la victoire était vivement contestée, avait même commencé à effectuer des mission à l’extérieur du pays, ce genre de tournées qu’aiment faire dans les capitales africaines les présidents, souvent mal élus ; une manière à eux de se gratter pour rire. Le décompte fait, touchons simplement du bois pour que le Gabon ne sombre pas encore dans la violence.

Et s’il y a bien quelqu’un qui est certainement surpris de la tournure que prennent les événements aujourd’hui, c’est Ali Bongo. La destination « Présidence » ne sera finalement pas un voyage de tout repos pour lui. Révolu, le temps de Bongo-père. Ses compatriotes se réveillent de leur longue hibernation politique. A défaut du large boulevard tout tracé pour atteindre le trône laissé vacant par son père, c’est plutôt une voie sinueuse avec beaucoup de précipices qu’il a devant lui.

Il lui faudra beaucoup de vigilance et de perspicacité pour éviter les ornières. Les Gabonais, ce peuple pacifique vivant dans l’abondance, ne veulent plus se contenter de l’école, du logement et de la santé gratuits. Certes, par ce décompte, Ali veut avoir la paix pour prêter serment. Mais qu’il ouvre l’œil, et le bon, parce que les lendemains risquent d’être chauds, chauds, chauds !

Issa K. Barry