L'Observateur >> N° 7712 DU JEUDI 09 AU DIMANCHE 12 SEPTEMBRE 2010

Vous êtes dans : >> N° 7500 DU MARDI 03 NOVEMBRE 2009 >> Grille de lecture

Débat sur l’identité française

Quand Sarkozy réhabilite Bédié

Fernand Braudel, dans son ouvrage l’Identité de la France, nomme ce sujet tabou « la problématique de la Nation ». C’est pourtant ce débat longtemps snobé par les Français que le ministre de l’Emigration, Eric Besson, a jeté en discussion depuis quelques jours. Des logorrhées qui interviennent quelque temps seulement après que des avions AF ont ramené plusieurs Afghans qui squattaient la jungle du Pas-de-Calais.

lundi 2 novembre 2009

Tous les Républicains, sous la houlette de préfets, sous- préfets et parlementaires, sont conviés depuis le 2 novembre 2009, et ce, durant deux mois, à réfléchir sur les contours de l’identité nationale. Ainsi, la douce Hexagone veut savoir qui est Français et qui ne l’est pas.

Sans préjuger ce dont accouchera « le grand colloque de synthèse » de février 2010, donc peu avant les régionales, la question divise la classe politique ; mais, détail de taille, ces clivages n’épousent pas les blocs habituels, notamment gauche-droite. Dans la Sarkozie, les voix sont aussi discordantes que chez Martine Aubry.

Ainsi, à l’UMP on argue que chaque Français doit s’approprier ce sujet afin de briser le mur du politiquement correct, le tout étant de venir à bout de cet épouvantail brandi continuellement qu’est l’antiracisme.

Mieux, il est temps, clament les thuriféraires de cette « francité », de voir clair dans les phénomènes de substitution de populations et d’identité afin de dégager « l’âme du vrai Français ».

Une radioscopie de l’autochtone français, histoire de savoir « si le Français de 1930 ou de 1793 est le même qu’aujourd’hui » (1), selon Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’hémicycle.

L’éminent académicien Max Gallo ose même asséner 10 critères qui définissent le Français pur jus (2). Bémol à toutes ces considérations, certains caciques de la droite voient une dérive d’Eric Besson avec, bien sûr, Sarkozy à la baguette.

Au PS, ce n’est pas non plus l’entente sur la question : il y a ceux qui sont franchement opposés à ce qu’ils appellent un débat de politiciens, et ceux qui sont pour qu’on mette finalement la balle à terre ce tabou et les derniers qui abhorrent le promoteur de cette idée, Besson, véritable petit piment dans la bouche des socialistes.

A l’image d’un Benoît Hamon qui est, par exemple, révulsé par « le traître de service » « car comment quelqu’un qui change d’identité comme Besson peut-il proposer un débat sur l’identité nationale » (3). En vérité, si le sujet fait rage, c’est qu’il exhale un lourd parfum de dessous politiques, notamment une cour anticipée à l’électorat de l’extrême droite. Eh oui ! même affaibli, le FN attire toujours la droite.

Déjà en 2007, l’actuel locataire de l’Elysée avait usé de « l’identité nationale » pour cisailler abondamment de ce qui restait des croupières du parti de Jean-Marie Le pen.

En ouvrant cette boîte de Pandore, Besson ressasse un vocable funeste sous les tropiques, notamment en Côte d’Ivoire : l’ivoirité, dont l’objectif inavoué était d’éliminer Alassane Dramane Ouattara de la présidentielle .

Plus de 10 ans après, on sait où en est ce pays, qui vogue toujours entre ni paix ni guerre, même si se profile une élection censée amoindrir les problèmes. En France, en dépit des dénégations et des arguments solides quelquefois spécieux, il va être difficile de prouver qu’il n’y a pas de soupçon d’exclusion derrière cette « francité ».

Pourtant, ce pays a mieux à faire que d’emprunter cette voie. Certes, c’est la nation des droits de l’homme et les institutions républicaines sont solides pour résister à tout tremblement, mais ne vaut-il pas mieux souvent laisser dormir un tabou ou présenté comme tel ?

Z. Dieudonné Zoungrana

Notes : (1) : Sur la Chaîne de télévision LCI le 2 novembre 2009 lors d’une interview avec Christophe Barbier. (2) Max Gallo a défini ses critères lors d’un débat lancé par l’Institut Montaigne. (3) : Déclaration faite sur RTL le 2 novembre 2009.