L'Observateur >> N° 7712 DU JEUDI 09 AU DIMANCHE 12 SEPTEMBRE 2010

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Crise guinéenne

Les contre-propositions des Forces vives

Après le rejet par les Forces vives du projet d’accord interguinéen, proposé par le facilitateur, Blaise Compaoré, celles-ci ont été invitées à fournir leurs contre-propositions. C’est chose faite depuis hier, où Jean-Marie Doré et ses 11 compagnons ont remis leurs préoccupations au chef de l’Etat burkinabè : lesquelles portent sur le nombre des membres de la transition (75 au lieu de 150),le Conseil national de transition qui doit être l’organe législatif, son président qui doit être militaire... le départ et la non- candidature de Dadis sont maintenus...

mardi 24 novembre 2009

Les Forces vives, qui, depuis le 20 novembre ont rencontré plusieurs fois le facilitateur pour échanger ont donc enfin remis leurs préoccupations, elles n’aiment pas le vocable « contre-propositions ». Rien que hier 24 novembre aux alentours de 11h 30, Jean-Marie Doré est retourné à Kosyam pour voir Blaise Compaoré.

« Fondamentalement, le projet présenté par le facilitateur a totalement ignoré les propositions prises par les Forces vives ... nous n’avons pas fait de contre-propositions, nous nous sommes tenus à nos préoccupations initiales, appuyées par la communauté internationale », vous répète-t-on à l’envi lorsqu’on évoque les contre-propositions des Forces vives avec certains des 12 officiels de ce groupe.

Le départ de Dadis ? On vous répond en substance qu’il en était question avant le 28 septembre et que cela est devenu impératif après, surtout avec l’oukase de la communauté internationale en date du 12 octobre 2009.

De la cacophonie autour des émissaires ? C’est à l’extérieur, pas au sein des envoyés officiels nous ne sommes pas responsables de ce que disent des gens qui prétendent être des forces vives.

Il est stipulé dans le préaccord à polémique que le président et le premier ministre de transition doivent être consensuels et civils. Où trouver ces oiseaux rares qui seront acceptés et par les forces vives et par le CNDD ? Avec 12 millions de Guinéens on peut en trouver,vous répond-t-on aussi. En fait les Forces vives ont un peu nuancé certaines de leurs revendications tout en en maintenant d’autres. Ainsi, même si rien n’a filtré officiellement, on apprend que :

- au titre III concernant le Conseil national de transition(CNT), les forces vives proposent 75 membres au lieu de celui, pléthorique, de 150, proposé par Blaise. Il sera, selon l’esprit et la lettre des forces vives, l’organe législatif et devra être dirigé par un militaire qui ne peut être candidat à la prochaine présidentielle. Les syndicats et la société civile y seront représentés. Le total du Bureau de ce CNT est toujours de 20.

- concernant la disposition IV, relative aux élections ,les opposants au CNDD proposent que la transition soit conduite par un exécutif civil : un président et un premier ministre civils ;

- le président de la transition, le chef de l’Etat et le premier ministre nommeront le président de la Cour constitutionnelle et celui du conseil économique et social ;

- Jean-Marie Doré et Cie maintiennent le départ et la non-candidature de Dadis à la magistrature suprême à venir ;

- la durée de la transition parait aussi longue pour elles.
Bref, le casse-tête du « cas Dadis » semble demeurer pendant.

Et lorsqu’on évoque le fait que Dadis fait de la résistance parce qu’il ne sait pas s’il aura une vie tranquille après la présidence, les forces vives estiment qu’il n’a jamais été question de chasse aux sorcières. Du reste, pour elles, à l’intérieur de la Guinée et dans l’intérêt suprême du pays, on peut arriver à des compromis, mais la communauté internationale, qui est impliquée dans leur crise, est là aussi. Peut-on la dissuader, par exemple, de poursuivre des personnes si elle décide qu’il y a eu crimes contre l’humanité ? s’interroge-t-on chez les forces vives.

Et pourquoi pas la proposition d’Alpha Condé, vieille d’il y a plusieurs années, qui veut qu’on amnistie les chefs d’Etat pour leur permettre de quitter le pouvoir sans crainte ? Pour les forces vives, il faut d’abord que Dadis dise qu’il va partir, tout le reste pouvant être envisageable.

On retiendra en substance que pour les Forces vives, la Guinée a souffert durant 50 ans et elles estiment que soit avec ces pourparlers les Guinéens voient le bout du tunnel, ou il n’est « pas question de signer quoi que ce soit ». La balle est à présent dans le camp du facilitateur, qui doit, après avoir rencontré les envoyés du CNDD, dégager un nouveau projet d’accord. Ce sera pour après la fête de la Tabaski, apprend-on.

Coulisses des pourparlers

- Golf maintient les 6 officieux dans leurs chambres. Samedi 21 novembre, les 6 membres non officiels des Forces vives avaient été enjoints par un membre du service du protocole d’Etat de quitter leurs chambres de l’hôtel Silmandé Mercure à midi au plus tard, sinon ce serait à leurs frais qu’ils logeraient désormais. Informé de cela grâce à l’écrit de la presse, le colonel Gilbert Dienderé aurait semble-t-il, managé la situation, et les intéressés sont finalement demeurés dans leurs gîtes.

- Celloun et son cheik-up à Paris. Le fait que les pourparlers se sont étendus jusqu’au mardi 24 novembre entre Blaise et les Forces vives risque de faire rater à Celloun Dallein Diallo son cheik-up à Paris. Il devait y retourner pour son contrôle par suite du traumatisme qu’il a subi lors des massacres du 28-Septembre.

- Reprise après la Tabaski ? C’est à un véritable chassé-croisé qu’on assiste à Ouaga : en principe, le CNDD devait y arriver hier soir et les forces en repartir. Mais, au finish, la plupart des délégués des forces vives repartiront aujourd’hui. On murmure que les pourparlers pourraient reprendre après la fête de la Tabaski.

- 100 partis en Guinée Il n’y a pas que le Burkina qui ait un grand nombre de partis politiques : en Guinée, ils sont une centaine. Beaucoup sont nés peu avant la fin du règne de Conté, notamment en 2008. Le défunt président avait mis en place un fonds d’un milliards de francs guinéens (150 millions CFA),si fait que certains, qui voulaient bénéficier de ces subsides, ont rapidement préféré être la tête d’un rat que la queue d’un lion. Pour ce qui est des syndicats, on en compte 8. Le CNT aura pour mission, entre autres, de forger des regroupements en mettant fin aux ethno-partis, véritables plaies dans le microcosme guinéen.

- Quand Celloun jouait les arbitres entre Conté et Blaise. On sait que les relations entre Lansana Conté et Blaise étaient exécrables. Un homme tentait souvent d’arrondir les angles : Celloun Dalein Diallo Ainsi apprend-on qu’à l’investiture de Blaise en 2005, c’est le même Celloun qui est venu représenter « Péssè » (celui qui parle dru en langue soussou) à la cérémonie.

Lansana Conté n’était pas particulièrement enchanté que Dallein vienne, mais en a été convaincu par l’ex-PM. Blaise était d’ailleurs étonné, à l’époque, de le voir à Ouaga 2000.

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

, par lobservateur