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« L’Amas ardent » de Yamen Manai: Le meilleur roman francophone 2017

Après avoir franchi le barrage de cinq comités de lecture, le roman du Tunisien Yamen Manai a séduit le prestigieux jury du Prix des cinq continents de la Francophonie, dont J-M.G.  Le Clézio, Nobel de littérature 2008, et notre compatriote Monique Ilboudo ont été membres. C’est un roman très enraciné dans l’actualité, brut du coffrage parfois, mais dont l’humour tempère la noirceur du sujet. Un conte aux accents voltairiens.

 

 

C’est un livre à double fond comme ces malles de voyage des prestidigitateurs. D’un côté, il y a l’islamisme qui débarque dans le village oublié de Nawa après la Révolution qui a vu la chute du Beau. Le Parti de Dieu, à travers une entreprise de séduction des pauvres par la distribution de nourriture et de babioles, réussit à prendre le pouvoir et à tisser peu à peu sa toile de terreur. A Nawa, le Parti de Dieu change les hommes et les femmes en silhouettes noires emballées dans des burqas, les corps des femmes disparaissent, les barbes des hommes s’étirent, leurs pantalons raccourcissent et le verbe devient enflammé et assassin.

Il n’est pas besoin de clé pour comprendre que le roman parle de la Tunisie après Ben Ali et de la montée du parti islamiste Ennahda. C’est presque du « narrative non-fictive » mais sans que les faits soient passés au tamis de l’imagination.

Et de l’autre côté, il y a l’histoire de Don, un apiculteur qui découvre un jour ses ruches attaquées par des frelons géants et décimées. Vivant reclus au milieu de « ses filles », admiratif de cette société si bien organisée qu’est la ruche, il leur prodigue des soins et trouve là un sens à sa vie. Avec la menace qui pèse sur « ses filles, il va devoir quitter sa retraite pour aller à la recherche de réponses à l’énigme des frelons géants. La solution se trouverait-elle au pays du Soleil-Levant ? Contre les frelons géants, les abeilles japonaises ont trouvé une technique de défense qui est l’amas ardent, titre de ce roman. Cela consiste, pour les abeilles, à encercler le frelon, à faire vibrer les ailes pour faire monter la température ambiante à 45°, ce qui consume celui-ci. Le Japon a, par ailleurs, réussi la synthèse entre la tradition et la modernité. Serait-ce l’exemple vers lequel le monde arabe doit se tourner ?

La force du roman se trouve dans ce diptyque : un côté documentaire, le matériau livré de façon quasi brute, et de l’autre, une allégorie écologique qui donne à cette tragédie locale une dimension universelle. Ces islamistes ne sont-ils pas dans la société actuelle comme ces frelons venus du Japon qui détruisent l’écosystème à Nawa ?

Le style de l’ingénieur informaticien est un langage limpide, presque binaire et, du reste, très proche de la prose fruste du journaliste. Ce qui explique peut-être le succès de son premier roman auprès des lycéens. Mais ce qui sauve ce roman n’est pas son écriture, c’est l’art tout oriental du récit et cet humour qui vibrionne partout, ce miel de l’esprit qui illumine l’histoire et atténue sa noirceur. Et l’auteur campe une galerie de personnages savoureux- chacun étant un archétype de cette société tunisienne- qui traversent le roman.

La jurée, la romancière Monique Ilboudo, a été sensible « à la poésie du texte, à ses aspects écologiques, à l’allégorie des abeilles qui sont une espèce menacée et qui fait écho à la menace islamiste et à la personnalité de Don, le personnage principal du roman… »

L’éditeur du roman est du Sud, Elyzad. Ce qui change des grands éditeurs français qui se partagent les grands prix comme le Goncourt et le Renaudot. C’est aussi cela, le rôle de la Francophonie : affirmer que la création francophone a son centre partout et sa périphérie nulle part en récompensant des créateurs du Sud.

Saïdou Alcény Barry

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