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Art contemporain: L’art de tous les excès ?

Art contemporain: L’art de tous les excès ?

L’art contemporain semble porter le scandale et l’excès comme les deux hélices de son ADN, mais l’œuvre de Wim Delvoye, tatoué sur un dos d’homme et vendu à 150 000 euros à un collectionneur, semble être un moment de bascule.

 

Rien de nouveau sous le soleil, seraient tenté de dire ceux qui sont familiers des provocations dont l’artiste contemporain est coutumier. On se rappelle l’œuvre « The comedian » de Mauricio Cattelan, une simple banane scotchée au musée dans une exposition à Miami et vendue à 120 000 (mille) dollars US. Cette même banane qui sera dévorée par un autre artiste dans un happening, un autre geste artistique.

Si cela peut paraître loufoque et prêter à rire, il est des créations qui tombent dans le gore ou la scatologie. On se souvient des quatre-vingt-dix boîtes de 30 g contenant le produit de la défécation de l’artiste Pietro Manzoni, vendues au même prix que le gramme d’or à l’époque, c’est-à-dire en 1961. Plus près de nous, on a eu les cadavres d’hommes, de femmes, d’enfants et d’animaux écorchés et exposés dans les musées du monde dans des postures de vivants par le Docteur anatomiste Gunther Von Hagen sous le nom de plastinats.

Mais l’œuvre de l’artiste flamand Wim Delvoye est de loin la plus extravagante. Un artiste qui décide de peintre sur un être humain après avoir réalisé des œuvres sur des cochons vivants. Un jeune de 31 ans, Tim Steiner, accepte se prêter au jeu. Un acheteur allemand qui acquiert l’œuvre à 150 000 euros à répartir entre le peintre et le tatoué. Le collectionneur doit exposer l’œuvre trois fois l’an et peut la prêter ou la vendre. A la mort de Tim Steiner, le collecteur va retirer la surface de la peau qu’occupe l’œuvre !

L’art contemporain a toujours flirté avec les limites, se jouant de la morale et des convenances sociales pour questionner avec brusquerie la société contemporaine. Mais dans ce cas-ci, on touche à des territoires protégés par le consensus moral. Un homme peut faire de son corps le site d’une œuvre d’art, le tatouage a toujours existé. Mais vendre le tatouage à un autre, c’est réduire l’individu à un produit marchand. Chosification. Marchandisation. Un esclavage des temps modernes.

Quel horizon pour le contemporain ? Sans doute que lorsqu’on aura épuisé la surenchère dans l’excès et le scandale, on reviendra à un art plus soucieux de se réinventer sans verser dans l’outrance. Par ailleurs, les artistes qui squattent les pages sulfureuses des magazines ne sont pas les plus créatifs. Peut-être sont-ils les plus connus du public. Il existe des artistes qui, loin du soufre et du sulfure, créent des œuvres d’une grande puissance.  L’histoire, dont le rôle est d’extraire la personne du personnage, saura reconnaître leurs mérites.

Quid de l’Afrique ?  Après les frasques du début qui n’ont pas dépassé l’exhibition des corps nus, l’art contemporain en Afrique  s’est assumé en articulant un discours sur la société  tout en se reconnectant avec l’art du continent, cet art qui a été freiné et nié par la colonisation. Qu’y a-t-il de plus contemporain que les sculptures de Moustapha Dimé ?  Ces ustensiles de cuisine de la femme traditionnelle que l’artiste assemble pour célébrer la beauté du féminin en s’inspirant de la statuaire dogon sont d’une telle puissance d’expression qu’elles rivalisent avec les Vénus de toutes les époques ?

Les artistes africains ont vite compris que la provocation serait de mettre des œuvres réconciliées avec leur histoire saccagée sur la place du monde. Que Picasso ressuscité ne puisse plus dire avec morgue « l’art nègre, connais pas » tout en s’en nourrissant pour inventer le cubisme.

 

Saïdou Alcény Barry

 

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