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Election présidentielle au Bénin : Un anniversaire au goût de cendre et de lacri pour Talon

Election présidentielle au Bénin : Un anniversaire au goût de cendre et de lacri pour Talon

Le président Patrice Talon a-t-il soufflé les 5 bougies de son accession à la magistrature suprême hier 6 avril ? Il aurait voulu le faire qu’il n’en aurait pas eu le temps avec un agenda chargé, occupé qu’il était sans doute à s’enquérir de ce qui se passait dans la rue et des préparatifs de la dernière ligne droite de sa campagne électorale pour la présidentielle de dimanche prochain.

C’est en effet un mardi fait de manifestations de rue qui ont tenu tout le Bénin en haleine. De Cotonou à Parakou, en passant par Porto Novo et d’autres villes du pays, l’opposition a montré du muscle pour dénoncer une prolongation indue du mandat présidentiel, même de quelques semaines. « Cinq ans, c’est cinq ans, pas un jour de plus », a-t-on pu lire sur des banderoles de manifestants qui exprimaient ainsi leur colère sur le fait que l’élection présidentielle au Bénin n’ait pas respecté le calendrier stricto sensu. De fait, hier 6 avril  le président Patrice Talon devrait avoir passé la main à un successeur ou prêté serment pour un nouveau mandat. Il n’en a rien été, puisque le scrutin présidentiel ne se tiendra que le 11 avril, ce qui entraîne ipso facto une prolongation du mandat du président sortant de quelques semaines. Un bonus que rejettent vigoureusement ses opposants.

On épiloguera longtemps sur les raisons qui ont entraîné ce retard de quelques semaines sur le calendrier électoral mais en réalité, sous nos tropiques, les élections qui ne se tiennent pas à bonne date sont légion au point que cela passe pour un non-événement, d’autant plus que dans le cas d’espèce, la prolongation du mandat présidentiel n’est que de quelques semaines. Ailleurs, on a vu pire pour diverses raisons sans qu’on en soit arrivé à des manifestations avec actes de vandalisme. C’est donc tout à l’honneur de l’opposition béninoise de dire son fait au gouvernement sur ce manquement mais la vérité, c’est qu’elle est dans la logique du dicton «  Faute de grives, on mange des merles. » A défaut d’avoir pu présenter des candidats à cette présidentielle pour dérouler son programme politique devant le peuple des électeurs, elle se fait entendre par la rue sur des questions de détails du calendrier électoral.

On ne lui jettera pas la pierre, sans circonstances atténuantes, pour ces pneus brûlés, ce siège de parti saccagé, cette radio FM vandalisée. Sans être d’accord avec ces violences en politique, on comprend le ras-le-bol de cette opposition que Patrice Talon veut mettre sous éteignoir par des lois et des procès discutables. A ce propos, on citera en bonne place la loi sur le parrainage des candidats à la présidentielle, le procès contre Sébastien Ajavon et l’emprisonnement de Reckya Madougou. Dans ces affaires, il y a une forte odeur d’instrumentalisation du Parlement et de la justice par le pouvoir béninois pour réduire son opposition à sa plus simple expression, histoire de se choisir des concurrents faire-valoir. Ainsi, à la présidentielle de dimanche prochain, Patrice Talon sera face à un effacé Alassane Soumano et un certain Corentin Kohoué, des adversaires poids plume. Et qu’importe si à vaincre sans péril dans ce scrutin verrouillé, Patrice Talon triomphe sans gloire dans un Bénin au bord de la crise de nerfs.

Au demeurant, ce pays a perdu ses lauriers de modèle de démocratie en Afrique dans ce virage autoritaire que lui a imprimé le magnat du coton devenu président de la  république. Qui eût cru à cette métamorphose liberticide de ce champion de l’alternance il y a 5 ans ? Voilà qui explique cet anniversaire au goût de cendre et de lacri pour Patrice Talon.

 

Zéphirin Kpoda  

 

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