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Obsèques ATT : Hommage unanime pour un homme de consensus

Obsèques ATT : Hommage unanime pour un homme de consensus

 

Pour rendre un ultime hommage à ce militaire de carrière, surnommé « soldat de la démocratie », pouvait-on trouver meilleur endroit ?

 

 

C’est, en effet, à la place d’Armes du Génie militaire de Bamako qu’ont eu lieu le mardi 17 novembre 2020 les obsèques nationales d’Amadou Toumani Touré, décédé dans la nuit du 9 au 10 novembre dernier.

 

Malgré la sobriété de la cérémonie, elle n’en fut pas moins marquée par la présence de personnalités de premier plan de la scène politique nationale, dont le président de la Transition, Bah Ndaw, ancien officier, le chef des putschistes du 18 août et actuel vice-président, Assimi Goïta, des Premiers ministres du Niger et de Guinée-Bissau et des représentants de gouvernements de la sous-région ouest-africaine. On relèvera également la présence remarquée de l’ancien président qu’est le Pr Alpha Omar Konaré, qui aura été l’une des vedettes de la cérémonie d’hier, puisque c’était l’une de ses rares apparitions officielles. Lui qui a quitté la Colline de Koulouba tout en se gardant de se mêler des affaires politiques, à l’image d’un Abdou Diouf au Sénégal.

 

Ce fut encore l’occasion pour celui qui est paré de toutes les vertus de recevoir des éloges.

 

Certains louent le « bâtisseur », d’autres retenant la simplicité de celui qui fut le père de la démocratie malienne pour avoir déposé le 26 mars 1991 le dictateur Moussa Traoré au terme de plusieurs semaines de répression contre des manifestants aux mains nues qui réclamaient pain et liberté.

 

On sait gré à ATT de n’avoir pas gardé le pouvoir à une époque où il pouvait se le permettre puis de s’être mis, pour ainsi dire, en réserve de la République, le temps que son successeur élu, Alpha Omar Konaré, lui fasse la passe quand ses deux mandats constitutionnels auront été épuisés.

 

Alors que la démocratie malienne bégaie de nouveau depuis le coup d’Etat  militaire du 18 août contre Ibrahim Boubacar Kéïta, et les tentatives de confiscation de la Transition par les militaires, on n’oubliera pas que le célèbre archéologue est le seul à ce jour à avoir achevé ses baux sur la Colline du pouvoir.

 

ATT s’en va, il est vrai, au moment où son pays est de nouveau à la croisée des chemins, lui, à la fois auteur et victime de putsch puisqu’il a été destitué à son tour par les militaires de la garnison de Kati en mars 2012 pour n’avoir pas pu circonscrire rapidement l’incendie terroriste qui venait de se déclarer et continue, depuis huit ans, de consumer le pays.

 

S’il fallait ne retenir qu’une ombre à ce tableau idyllique que peignent même ceux qui ont combattu le pouvoir du défunt président, ce serait sa gestion du péril sécuritaire alors naissant.  

 

On retiendra au passage la démocratie lyophilisée qui avait cours sous son premier mandat. Une sorte d’unanimisme, conséquence du consensus qu’il avait chevillé au corps mais qui ouvrit la voie à un vaste système de corruption au sommet de l’Etat et à un cancer socio-économique qu’ATT a laissé se développer sans que pour autant on puisse le suspecter de s’être indument enrichi.

 

Mais qu’à cela ne tienne, les Maliens et beaucoup d’Africains garderont du « soldat de la démocratie » l’image somme toute positive d’un dirigeant qui aura gouverné sur un continent qui regorge de prédateurs et de tripatouilleurs de Constitutions.

 

 

 

Alain Saint Robespierre

 

Dernière modification lemercredi, 18 novembre 2020 20:45

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