Logo
Imprimer cette page

Théâtre et cinéma : Le politique et l’apolitique

Sya, le rêve du python de Dani Kouyaté Sya, le rêve du python de Dani Kouyaté

Il y a, en ce moment au Burkina, une tendance à passer hommes et institutions au trébuchet de l’engagement «antiréférendaire» pour juger du rôle de chacun dans la Révolution d’octobre. Des arts aussi, on peut les passer à l’inventaire avant solde. Les praticiens de théâtre clament urbi et orbi le rôle révolutionnaire de leur art. Quid du cinéma ?

 

Le théâtre burkinabè a souvent allumé la flamme de la dénonciation pour édifier le spectateur et lui faire comprendre les rouages de la politique. Il n’est donc pas faux de dire que le théâtre burkinabè se tenait à côté des acteurs de la Révolution d’octobre. En effet, depuis quelques années, les metteurs en scène ont opté de monter des pièces qui démontent le système politique pour mieux en révéler les impostures et les manipulations.

D’une certaine façon, elles dénonçaient les dérives de la IVe République. Ainsi, la liste est longue de pièces qui sont des charges contre les dérives de la démocratie. La Malice des hommes de Jean Pierre Guingané, mise en scène par Paul Zoungrana, stigmatise les chefs d’Etat qui refusent de jouer le jeu démocratique et le pervertissent en fabriquant des opposants de paille.

Les Voix du silence de Prosper Kompaoré dénonce la mise en marge de développement de la grande frange de la population et l’achat des voix des électeurs. On peut affirmer que le théâtre au Burkina Faso est un théâtre engagé. Il ne peut en être autrement, car fondamentalement cet art ne parle que de deux choses : la politique et l’amour.

Le cinéma aussi s’est quelquefois risqué sur le terrain glissant de la politique. Déjà en 1998, Silmandé de Saint-Pierre Yaméogo attaquait la corruption du pouvoir, dénonçait la collusion entre les hommes politiques et les milieux d’affaires libanais.

Sous la mince pellicule de la fiction, on reconnaissait des figures connues du gotha des affaires et de la politique nationale. En attendant le vote de Missa Hébié touchait à la volonté des chefs d’être inamovibles. Et Sia, le rêve du Python (1999) de Dani Kouyaté montrait comment le pouvoir politique utilise le mystère pour manipuler les peuples.

Cela date de Mathusalem, dira-t-on. La nouvelle génération de cinéastes a viré sa cuti. C’est avec des boules Quiès dans les oreilles et des œillères qu’elle filme. Oubliée, la politique ; ces réalisateurs s’intéressent aux petits drames familiaux. Des histoires de coucheries, de petites combines, d’amours improbables, etc.

Pourquoi en une décennie le cinéma du pays est devenu autiste aux bruissements de la cité tandis que le théâtre se les appropriait ? Mystère et boule de gomme. On pourrait expliciter cet état de fait par le désengagement des réalisateurs ou par l’attrait du public pour des sujets plus enjoués, plus badins.

Ce qui est certain, ce n’est pas parce que le cinéma ne trouve plus de financements, car le cinéma politique n’est pas un genre spécifique comme le western, le policier ou la SF. A budget égal, on peut faire soit un biopic politique, soit une comédie musicale.

Le cinéma burkinabè renouera à coup sûr avec la politique, car il n’est point d’art qui ne réfléchisse (sur) la gestion de la cité dans laquelle il se fait.

 

Saïdou Alcény Barry

Commentaires   

0 #1 Sid-Lamine SALOUKA 27-11-2014 15:38
Je suis bien d'accord que le cinéma burkinabè est bien passif de nos jours. L’arène est occupé par de pseudo-drames familiaux dont le niveau de réflexion se situe au ras des maquis après quelques bières rapidement sifflées. Mais il faut relever, au niveau des fictions s'entend, que lorsqu'une oeuvre courageuses est réalisée, elle est vite étouffée. C'est le cas de Bayiri de Pierre Yaméogo qui pose un problème bien réel mais qui n'a jamais fait débat dans la presse nationale: comment vivre ensemble, construire une nation avec les Burkinabè de l'étranger, précisément ceux de Côte d'Ivoire. Comment la nation doit-elle intégrer ces fils venus d'une autre culture, qui admirent leur patrie autant autant qu'ils en ont honte, ayant été conditionnés à voir dans le Faso un pays sauvage?
La sélection d'un film sans aucune qualité à la place de Bayiri au Fespaco passé relève-t-il d'une animosité vis-à-vis de Yaméogo, comme il le clama par las suite ou doit-on voir le refus d'occulter une vraie question de la part d'une certaine intelligentsia burkinabè parmi laquelle se trouve précisément des "diaspos"?
De plus, le discours politique dans l'art ne se confine pas seulement dans l'activisme politique et le tract, comme vous-même Barry l'avez fréquemment dénoncé. Même une histoire d'amour peut poser des questions sociétales. c'est le cas de Mi Yé de Souleymane Cissé par exemple. Pourquoi le discours de nos réalisateurs tombe-t-il toujours désespérément à plat, par opposition à celui des dramaturges et metteurs en scène du théâtre ? C'est là un abîme au dessus duquel chacun a peur de se pencher véritablement!
Citer

Ajouter un Commentaire

Recopiez le code dans la cage au bas du formulaire avant d'enregistrer votre message. Merci!

Code de sécurité
Rafraîchir

© 2011-2014 - Observateur Paalga - Tous droits réservés I Conception: CVP Sarl.