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Présidentielle sénégalaise : Prisonnier Karim et candidat Wade

Présidentielle sénégalaise : Prisonnier Karim et candidat Wade

Karim Wade sera le candidat du Parti démocratique sénégalais (PDS) à la prochaine élection présidentielle. Ainsi en a décidé à la quasi-unanimité les membres du bureau politique (257 voix sur 268 votants) face à quatre autres candidats de petit gabarit. Vu le temps depuis lequel son président de père, Abdoulaye Wade, voulait faire de lui son héritier politique, cette investiture n’aurait pas eu d’intérêt n’eussent été les circonstances dans lesquelles elle s’est déroulée : en effet, la désignation de Wade fils pour porter les couleurs du PDS à la présidentielle intervient au moment où la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), devant laquelle il est poursuivi, doit rendre son verdict. Mis en demeure de justifier son patrimoine, estimé à un milliard d’euros, il a été par la suite interpellé et incarcéré à la prison de Rebeuss. Au fil du temps, ce montant a fondu comme boule de neige à 178 millions d’euros. Et la bataille judiciaire, comme on s’y attendait, a été rude avec beaucoup de rebondissements.

 

Quand bien même, de l’avis de nombreux observateurs, la juridiction spéciale n’a pu établir avec certitude que les biens qu’on attribuait à l’ancien ministre des Transports lui appartiennent bel et bien, on se demande comment le prévenu pourrait se tirer de ce traquenard judiciaire, puisqu’il serait l’exemple de la mal gouvernance, qui aurait été la marque déposée des Wade père et fils. Dans ces conditions, pourquoi investir quelqu’un qui est en prison et qui, depuis, ne semble pas près d’en sortir sauf coup de tonnerre judiciaire ?

D’ailleurs quelle urgence y a-t-il à désigner un candidat à un scrutin présidentiel qui aura lieu, au plus tôt, dans deux ans si le référendum de Macky Sall en 2016 sur la réduction de son mandat était effectif et, au plus tard, en 2019 au cas où le NON triompherait ? Même si l’ancien golden boy de la City devait être le porte-flambeau du PDS à la prochaine présidentielle, sa double nationalité, franco-sénégalaise, le rendrait inéligible au regard de la loi du pays de Senghor, sauf s’il renonçait à sa nationalité française.

Cette précipitation à mettre en selle l’héritier de Wade pour le scrutin sonne donc comme une façon de forcer la main quelque part à la CREI. Et si c’est le cas, on a bien peur que ça ne revienne en pleine figure au PDS, dans la mesure où la manœuvre pourrait braquer davantage les juges.

Si du fond du cachot, Karim devait porter les couleurs du PDS à la présidentielle, ce ne serait pas la première fois que cela arriverait sous nos tropiques : ce fut le cas de Kwamé N’Krumah, emprisonné par les autorités britanniques jusqu’en 1951 et qui devint Premier ministre après le succès de son parti (Convention people’s party) aux législatives, ou encore de Patrice Lumumba, dont la libération a été conditionnée par les indépendantistes à la tenue d’une table ronde par les autorités belges. Et à l’issue des élections générales, la primature à Bruxelles est revenue au leader congolais.

Pour revenir au Sénégal, rappelons qu’Abdoulaye Wade lui-même a fait des allers-retours entre la prison et le gouvernement avant de rafler la mise en mars 2000. C’est dire que le fait d’être embastillé confère de l’épaisseur politique et étoffe le curriculum vitae (CV) du détenu. Sauf que, dans le cas d’espèce et quand bien même ses partisans le présenteraient comme un détenu politique, c’est pour des raisons de droit commun que Karim est devenu pensionnaire de la prison dakaroise de Rebeuss. Et sauf improbable vent favorable, l’ancien ministre du ciel et de la terre risque de se crasher aujourd’hui à la CREI et de demeurer encore un temps dans sa cellule.

A bien y réfléchir, on se demande quelle idée il a pu avoir en se jetant dans cette faune politique, lui qui ne s’est découvert cette vocation qu’après l’installation de son illustre géniteur à la présidence sénégalaise, et qui rêve maintenant d’un destin présidentiel comme papa. Wade fils se serait tenu à l’écart de ce marigot politique plein de redoutables prédateurs en restant dans la haute finance mondiale, où il exerçait dans l’ingénierie financière, que son sort ne serait pas celui qui est le sien aujourd’hui.

 

La Rédaction

Dernière modification lelundi, 23 mars 2015 08:45

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