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Forum de réconciliation RCA : De quoi accouchera la grand-messe ?

Forum de réconciliation RCA : De quoi accouchera la grand-messe ?

Ils ne sont pas moins de 600, les participants au Forum de réconciliation nationale qui s’est ouvert hier lundi à Bangui. Un chiffre à vous donner le tournis, surtout si l’on se prend à imaginer à quoi pourrait bien ressembler une cacophonie provoquée par un si large éventail de voix, le plus souvent discordantes. Ainsi, la volonté de ratisser large et d’ouvrir cet espace de débat à tous les courants socio-politiques et à toutes les personnes-ressources est sans nul doute louable, mais on se demande ce qu’ils pourront bien se dire à 600 rassemblés pêle-mêle sous la coupole du CNT, le Parlement de la Transition centrafricaine.

 

Car ce Forum, il faut bien le dire, s’est donné pour ambition de faire cohabiter les belligérants d’hier : Les ex-Seleka, scindés en trois factions rivales, les antibalaka, les partis politiques et toute la galaxie des groupes paramilitaires signataires de l’accord de Brazzaville et se réclamant de l’une ou de l’autre chapelle politique, les religieux catholiques, protestants et musulmans, la société civile et les représentants des 78 sous-préfectures que compte le pays, les institutions et autres partenaires au développement, etc. Bref, un grand jamboree censé trouver les ficelles et la dextérité nécessaires au raccommodage du tissu social, dramatiquement mis à mal par des crises répétées.

Mais la dernière en date a plongé le pays dans un chaos sans précédent après que Michel Djotodia, à la tête d'une rébellion à dominante musulmane, la Séléka, eut renversé l'ancien président François Bozizé en mars 2013.

Contraint à la démission par ceux (Idriss Deby notamment) qui l’avaient porté au pouvoir, Djotodia finira par prendre le chemin de l’exil au Bénin. Mais cette solution par l’humiliante abdication du chef aura pour effet de plonger la RCA dans une guerre de religions autrement plus meurtrière. Certes depuis l’arrivée de Dame Cathérine Samba Panza aux commandes de l’Etat, la situation sécuritaire a connu une légère amélioration, mais depuis, ce grand corps malade, rendu exsangue par la crise sociopolitique, ne doit sa survie qu’aux perfusions survitaminées de la communauté internationale.

La Centrafrique revient de loin, c’est le moins que l’on puisse dire. Et si dans l’ensemble les choses semblent aller mieux, le retour à une vie politique et constitutionnelle normale reste et demeure une véritable chimère. Comme le montrent les calendriers électoraux maintes fois réaménagés. Une situation de ni paix ni guerre qui a obligé « Sangaris » et la Minusca au prolongement de leur mandat bien au-delà de la durée initiale.

Alors que le Forum de réconciliation nationale est ouvert, la grande inconnue reste la participation de François Bozizé et de Michel Djotodia ou, pour le moins, de leurs représentants. Il faut dire que les deux hommes, aujourd'hui en exil, l’un à Kampala (Ouganda), et l’autre à Cotonou (Bénin), soupçonnés par les Nations unies de torpiller la Transition, sont frappés, depuis 2014, d’une interdiction de voyager. Mais ne vaut-il pas mieux avoir ces grands fauteurs de trouble dans le camp de la réconciliation plutôt que dans celui de la discorde, au service de laquelle l’un et l’autre conserveraient toutes leurs capacités de nuisance ?

Dans tous les cas, une chose est de se retrouver, une autre est de trouver les voies et moyens de sortir la Centrafrique du bourbier dans lequel elle patauge depuis deux longues années. Reste à espérer que ce forum-là marquera le début de la fin de cette transition, qui n’a que trop duré.

 

Marie Ouédraogo

Dernière modification lemardi, 05 mai 2015 08:16

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