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Elections locales sénégalaises : Macky Sall et la jurisprudence Sarkozy

Elections locales sénégalaises : Macky Sall et la jurisprudence Sarkozy

Les municipales ! On a beau dire que ce ne sont que des élections locales, elles auront toujours, dans les grandes démocraties et les pays en voie de l’être, une dimension nationale.

Qui plus est lorsque ces consultations se tiennent à mi-mandat présidentiel, ce qui leur donne souvent valeur de sanction ou alors d’appui à la politique gouvernementale. Mais il arrive que les gouvernants eux-mêmes en ajoutent, accentuant ainsi la dimension dramatique au moindre revers politique. Ça a été le cas en France, lorsque le président Nicolas Sarkozy a institué la règle selon laquelle même fraîchement nommé, un ministre doit rendre le tablier si d’aventure il est battu aux élections législatives qui suivent sa nomination. Alain Juppé, alors ministre d’Etat et numéro 2 du gouvernement Fillon, en a fait les frais, obligé de rendre son maroquin après seulement quelques semaines d’exercice.

Plus proche de nous, Macky Sall semble s’être inspiré de ce précédent, lui qui, à la veille des élections communales, municipales et départementales du 29 juin dernier, avait fait savoir que dans son camp les perdants seraient sanctionnés.

Au vu des résultats qui s’annoncent désastreux, on se demande s’il était judicieux de placer la barre aussi haut en liant le destin politique des siens à l’issue de ces élections, érigées en véritable coup de semonce au parti présidentiel, l’Alliance pour la république (APR), et à son gouvernement.

Peut-être était-ce pour lui un moyen de pousser ses personnels politiques à donner le meilleur d’eux-mêmes, à «mouiller le maillot» pour conquérir un maximum de fiefs et par la même occasion de se débarrasser, pourquoi pas, de tel ou tel poids lourd devenu poids mort en cas d’échec.

En tout état de cause, il faut croire que si l’éventualité d’un vote sanction était jusque-là considérée comme possible, l’ampleur du désastre en a surpris plus d’un dans l’entourage présidentiel.

Dans les bastions électoraux importants, les candidats officiellement investis par la coalition gouvernementale devront se contenter de la portion congrue : ainsi à Fatick, fief présidentiel, l’honneur reste sauf de même qu’à Guediawaye, commune de la banlieue dakaroise où le frère cadet du président a su tirer son épingle du jeu ; pour d’autres, les plus nombreux, des têtes vont devoir rouler si le prince devait mettre sa menace à exécution.

Ainsi, on se souviendra longtemps de la lame de fond qui a fait chavirer quelques-unes des figures de proue du camp présidentiel. Ainsi à Sokone, Abdoulatif Coulibaly (ministre de la Bonne Gouvernance) a été battu à l’instar de Seydou Gueye, secrétaire général du gouvernement et porte-parole de l’APR ou de Mbaye Ndiaye, autre grande figure du parti.

Mais comme si cela ne suffisait pas, le pire des naufrages s’est déroulé dans la capitale, plus précisément à Grand-Yoff, où la première ministre, Aminata Touré, a dû s’incliner face au socialiste Khalifa Sall. «Nous allons nous remettre au travail et conquérir d’autres victoires», a déclaré la chef de l’exécutif, reconnaissant sa défaite.

Après un tel désastre et à moins que Macky Sall prenne le risque de se dédire, on peut aisément prédire que des sanctions vont pleuvoir et qu’une vague de remaniements va s’abattre sur le parti et le gouvernement.

Mais à dire vrai on se demande si la douloureuse défaite électorale devra être payée par les seuls candidats malheureux ; car si, dans le pire des scénarios, le parti présidentiel avait été laminé dans l’ensemble du pays, cette défaite là aurait été perçue comme un véritable désaveu de la politique gouvernementale. Et si jamais cela arrivait, quelle conséquence le président Macky Sall devrait-il en tirer ?

 

H. Marie Ouédraogo

 

Dernière modification lemardi, 01 juillet 2014 01:11

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