Logo
Imprimer cette page

Présidentielle libérienne : 20 pour un fauteuil

Présidentielle libérienne : 20 pour un fauteuil

Sur un continent réputé pour la pléthore de ses candidats aux présidentielles, le Liberia pourrait avoir battu le record en la matière : en effet, les 2,2 millions d’électeurs, soit la moitié de la population de cet Etat fondé en 1822, sont appelés aux urnes aujourd’hui mardi 10 octobre 2017 pour départager, tenez-vous bien, 20 prétendants à la succession d’Ellen Johnson Sirleaf, en poste depuis 2006.

 

Et parmi eux, on pourrait dire qu’il y a du tout : un footballeur, un homme d’affaires soupçonné d’avoir trempé dans le trafic d’armes pendant la guerre civile, un ancien mannequin reconverti dans l’humanitaire, un ancien chef de guerre, un opposant historique et nous en passons.

Mais pour la plupart de ces aspirants aux plus hautes fonctions, l’essentiel sera d’y participer, pour reprendre cette formule de Pierre de Coubertin, père des jeux Olympiques modernes.

Et pour le peuple libérien, qui a souffert et continue de souffrir des 14 années de conflit armé, le souhait est de voir les protagonistes s’engager dans la course avec ce fair-play caractéristique de l’olympisme.

En attendant l’issue de ce scrutin couplé à l’élection des membres de la Chambre des représentants, le moins qu’on puisse dire est que ce vote revêt un caractère historique puisque ce sera la première fois, depuis 73 ans, que va s’opérer une dévolution pacifique du pouvoir.

Dans ce combat de masse pour s’ouvrir les portes d’Executive Mansion, le palais présidentiel, une poignée de candidats se détachent du lot. Si l’on doit en effet se fier au présage des bookmakers, l’affaire se jouera entre Joseph Boakai, Charles Brumskine et George Weah.

Le premier, vice-président du chef de l’Etat sortant, aborde le scrutin avec un atout de taille : les moyens et les réseaux du parti au pouvoir, l’United Party. Il est aussi réputé pour sa probité morale et sa grande maîtrise des rouages de l’appareil d’Etat.

Mais avec ce dossard de la majorité présidentielle, « Sleeping Joe », ainsi qu’on le surnomme pour l’habitude qu’il a de s’endormir lors des cérémonies, a contre lui le bilan économique et social, peu satisfaisant, de la première femme à avoir accédé à la magistrature suprême en Afrique. Ellen Johnson Sirleaf a quand même à son actif le fait d’être parvenue à redresser un pays à terre après la guerre !

Le second, Charles Brumskine, candidat malheureux en 2011, aura son mot à dire. Cette fois-ci, le candidat du Liberty Party, qui a été un opposant historique, bénéficierait paradoxalement, selon certains observateurs, des faveurs de la présidente sortante.

Le troisième enfin, George Weah, ancien sociétaire du PSG et du Milan AC. L’idole de tout un pays est créditée d’une grande popularité, particulièrement dans la frange jeune.

Plus de 20% des électeurs ayant entre 18 et 22 ans, le match s’ouvre sous d’heureux auspices pour l’unique ballon d’or africain. A moins que son ticket avec l’ancienne première dame Jewel Taylor, ex-épouse de Charles Taylor, qui purge en ce moment une peine de 50 ans d’emprisonnement à La Haye pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, ne contribue à éroder ce capital sympathie. En effet, Charles Taylor, qui est arrivé au pouvoir par les armes, a régné par les armes et a été chassé par les armes, représente le type de dirigeant que les Libériens veulent extirper de leur classe politique.

Pour sûr, vu le trop-plein de postulants, c’est parti pour un second tour avec tout ce que cela entraînera comme alliances, marchandages, pressions, etc. Mais pourvu que le scrutin se déroule dans la transparence, le calme. Bref, selon les canons républicains. C’est un pari à portée de main, et nul n’est besoin de rappeler à l’ensemble des prétendants le prix à payer en cas d’instabilité politique.

 

Hugues Richard Sama

Dernière modification lemercredi, 11 octobre 2017 01:38

Ajouter un Commentaire

Recopiez le code dans la cage au bas du formulaire avant d'enregistrer votre message. Merci!

Code de sécurité
Rafraîchir

© 2011-2014 - Observateur Paalga - Tous droits réservés I Conception: CVP Sarl.