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Conflit agriculteurs - éleveurs à Tiébélé : «Je ne pense pas que ce soit un problème ethnique» (Joël Aoue, maire de la commune)

Joël Aoue,  maire de la commune de Tiébélé  Joël Aoue, maire de la commune de Tiébélé

Village d’Idéniakora, commune rurale de Tiébélé,   lundi 7 juillet 2014. Ouéna Kané, 54 ans, agriculteur et père de 16 enfants, est mortellement agressé dans son champ, selon les témoignages, par un éleveur du nom de Saidou Diallo, âgé, lui, de 64 ans, par suite d’une altercation consécutive à la dévastation de sa parcelle par un troupeau. En représailles, ses proches organisent une expédition punitive au domicile du présumé meurtrier. Quatre membres de sa famille sont tués au cours de cette descente musclée. Le bilan aurait été plus lourd si la Brigade territoriale de gendarmerie de Tiébélé et le chef de Guenon n’étaient promptement intervenus pour calmer les esprits. Après cet énième conflit entre agriculteurs et éleveurs dans la province du Nahouri, avec en toile de fond un problème communautaire, Joël Aoue, maire de la commune de Tiébélé, que nous avons rencontré hier mercredi 9 juillet à Ouagadougou, nous donne sa lecture de la situation et revient sur la genèse et les causes de ces affrontements récurrents.

 

Qu’est-ce qui s’est passé exactement à Tiébélé le lundi 7 juillet 2014 ?

Tout a commencé dans l’après-midi du lundi 7 juillet. J’ai été alerté par un coup de fil d’un conseiller municipal qui faisait état d’une altercation entre un agriculteur du nom de Ouéna Kané, âgé de 54 ans, et un éleveur, Saidou Diallo, 64 ans. Pour être plus précis, un orage se préparait et Ouéna Kané était en train de travailler dans son champ lorsqu’un troupeau a envahi sa parcelle. Naturellement, il s’en est offusqué, selon les voisins, et il y a eu une violente prise de becs entre lui et le bouvier. Entre-temps, il a commencé à pleuvoir et les témoins ne les ont plus entendus. C’est après l’orage qu’ils ont fait une macabre découverte sur les lieux : le corps sans vie de Ouéna Kané. Dès lors, ses proches et les populations, très remontées, ont, en représailles, fait une descente punitive dans la famille du présumé coupable. La gendarmerie, alertée, arrive illico sur place, mais peine à contenir la furie des populations. Finalement, c’est l’intervention du chef de Guenon qui permettra de les calmer. Le bilan est tout même lourd : trois morts sur-le-champ et un troisième grièvement blessé qui succombera malheureusement après que l’ambulance dépêchée sur les lieux n’a pu démarrer pour des problèmes mécaniques. Pour sûr, l’intervention de la gendarmerie et celle du chef de Guenon ont permis de sauver la vie au reste de la famille de Saidou Diallo.

Ce n’est pas la première fois qu’un conflit de ce genre éclate dans le Nahouri. Quel  est le problème ?

 

Les conflits entre agriculteurs et éleveurs ne sont pas propres à la province du Nahouri, encore moins à la commune de Tiébélé. C’est un problème national. Presque toutes les régions du pays connaissent ces conflits.

Cette situation est d’autant plus affligeante qu’il n’y a même pas un mois, avec les autorités régionales et provinciales, nous avions entrepris une tournée de sensibilisation des populations pour justement prévenir les conflits communautaires. Le problème est qu’il y a une insuffisance des terres aussi bien pour les agriculteurs que pour les éleveurs. La solution à mon sens, c’est la modernisation des exploitations agricoles et pastorales. Il faut dégager des couloirs pour les éleveurs et déterminer des zones pastorales. Malheureusement, Tiébélé est une commune rurale et n’a pas les ressources nécessaires pour le faire. C’est la conjugaison de tous ces facteurs qui explique les situations regrettables que nous vivons comme celle récente.

Quelle est la situation actuellement à Tiébélé ?

 

Les cinq victimes ont été inhumées hier (NDLR le 8 juillet) en présence du gouverneur de la région et du haut-commissaire du Kadiogo. Les sept blessés, eux, ont été évacués dans un centre de santé et ont été intégralement prises en charge. Nous déplorons aussi des représailles dans certaines localités contre la communauté des éleveurs, notamment à Ziou où réside la belle-famille de celui qui est suspecté d’avoir ôté la vie à Ouéna Kané. En tout, il y a une quarantaine de personnes déplacées et placées sous protection des forces de l’ordre. Pour le reste, il y a un retour au calme et à la sérénité, aussi bien à Tiébélé que dans le village de Idéniakora.  

  

Vu la récurrence de ces conflits, n’est-il pas légitime de penser que nous sommes en train de tomber dans une crise plutôt ethnique ?

 

Je ne pense pas, parce que l’expédition punitive n’a pas été dirigée contre une ethnie particulière, comme certains sont enclins à le croire. Elle l’a été contre uniquement la famille du présumé agresseur. Bien entendu nous dénonçons et condamnons cette situation, car les représailles ou la vengeance ne sont pas des solutions. Et personne ne doit se faire justice. Il y a des éleveurs à Tiébélé qui n’ont pas été inquiétés. Ce que je dois vous dire, c’est que l’année dernière également, presque à la même période, une agricultrice dont le champ avait été dévasté par un troupeau s’en était plainte aux éleveurs qui, en réponse, l’avaient tuée non sans l’avoir violée avant. Les agriculteurs, excédés, disent qu’ils ne peuvent plus assister impuissants chaque année à l’assassinat des leurs, mais ils doivent comprendre qu’il faut laisser les institutions compétentes, notamment la justice, faire son travail.

 

Propos recueillis par

Jean Stéphane Ouédraogo

 

Encadré

Liste des victimes

Eleveurs

1.          Yahaha Diallo, 26 ans

2.          Yacouba Diallo, 28 ans

3.          Yacouba Diallo, 27 ans

4.          Harouna Diallo, 21 ans

Agriculteur

1. Kané Ouéna, 54 ans

Commentaires   

0 #4 Mitibkiéta 10-07-2014 16:25
Monsieur le Maire, on comprend que vous ayiez peur de chagriner votre électorat, mais de grâce arrêtez cette histoire de viol qui n'a jamais été avéré.
Trouvez un autre alibi pour justifier vos crimes. La mort de la femme en question est à déplorer, et ce qui est à déplorer également, c'est le refus des autorités locales de pousser l'enquête jusqu'au bout... Beaucoup de choses allaient se savoir !
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0 #3 Bara 10-07-2014 11:11
Pourquoi les enfants doivent-ils payer le crime de leur oncle ?
Mais où étaient ces revanchards quand on tuait et crevait les yeux de Nébié Salifou ?
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0 #2 Ismaël 10-07-2014 10:55
Le Chef de Guenon n'a jamais digéré les représailles à lui faites par les autorités lors de la précédente boucherie qu'il avait encouragée dans son village.
C'est un monsieur qui souffle le chaud et le frais à la fois.
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+2 #1 Kôrô Yamyélé 10-07-2014 10:37
- Mr le Maire, ou vous êtes de mauvaise foi, ou alors vous n'avez rien compris dans ces types de conflits. Ils sont bel et bien ethniques et ce sont bel et bien les peuls qui payent chaque fois les pots cassés. C'est ce qu'il va falloir que tous sachent un jour dans ce pays ! Montrez-moi un seul exemple de ce type de conflits tranché en faveur des peuls depuis les 2 années passées en dehors de celui de Passakongo où les soits-disants autochtones ont incendié des greniers, etc. et ont accusé les autorités en plus

Par Kôrô Yamyélé
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