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Crash Air Algérie : Alglinta, là où tout s’est achevé

Crash Air Algérie : Alglinta, là où tout s’est achevé

Six jours après le crash du vol AH 5017 d’Air Algérie, la dernière rotation des parents des victimes sur les lieux de l’accident s’est faite le mercredi 30 juillet 2014. «C’est difficile mais nécessaire d’aller là où tout s’est achevé», assurent ceux qui ont pu ainsi faire le déplacement à Alglinta (la localité où s’est écrasé l’avion) à bord du MI17  du gouvernement burkinabè. Ambiance.

 

 

Il est des moments où les mots vous manquent ou ne vous servent tout simplement plus à rien. Est de ceux-là ce matin du 30 juillet où, patientant dans la salle d’attente de la base aérienne 511 de Ouagadougou, quelques minutes avant d’embarquer à bord de l’hélicoptère MI17 pour aller sur les lieux du crash du vol AH 5017 d’Air Algérie, notre confrère rédacteur en chef de Burkina24, Justin Yarga, nous annonce qu’il est en fait un parent de victime, puisque sa petite amie était à bord de l’avion qui s’est écrasé le jeudi 24 juillet dernier. «Condoléances» et «courage» sont les seuls mots qui parviennent à sortir de notre bouche bien que nous soyons sûr intérieurement qu’ils ne seront d’aucun effet sur le confrère éploré.

 

S’ensuivent l’appel, l’ajustement de la liste des passagers et l’embarquement. Puis un «bon vent» souhaité par les officiers militaires présents sur le tarmac et l’hélico prend son envol. «Bon vent», tout ce qu’il y a de banal mais qui aura été aussi bien à propos quand on pense que ce sont des problèmes météorologiques qui sont à la base de la tragédie du 24 juillet. Il est 8h13.

Si l’on en croit L’Obs. du jour que se passent des passagers, c’est à peu près à cette heure que le président du comité de gestion de crise, le Général Gilbert Diendéré, dit avoir été informé le jeudi 24 juillet de la disparition de l’AH 5017 (cf. L’Observateur Paalga du mercredi 30 juillet 2014). A bord de l’hélico, 13 passagers (à savoir 4 parents de victimes, 6 journalistes, 2 gendarmes et 1 policier) et 4 membres d’équipage.

 

 Sur la «scène de crime»

 

 Pendant que le coucou fend bruyamment l’air, des mots, entendus ces derniers jours et qui font froid dans le dos, nous traversent l’esprit : «restes», «débris», «émiettés», «éparpillés». Qu’est-ce qui nous attend donc sur le site ? ne manquons-nous pas de nous demander en repensant aux premières images du lieu de l’accident diffusées sur les chaînes de télé. S’enclenche aussitôt dans notre tête le film de ces derniers jours que rien ne semble pouvoir interrompre.

En effet, ni le bruit assourdissant de l’appareil ni la forte odeur de carburant encore moins le vent frais qui fouette des pieds à la tête n’arrivent à nous tirer de nos pensées. Rien, excepté le va-et-vient du mécanicien militaire à bord pour vérifier une pièce ou communiquer avec le cockpit, qui a le don de nous rappeler l’ironie de notre sort : nous sommes dans les airs, à bord d’un appareil volant vers le lieu du crash d’un autre aéronef. Difficile de rester zen.

 

Ce retour à la réalité nous permet d’observer l’ambiance dans l’habitacle. N’eût été le vrombissement assourdissant de l’hélico, on entendrait une mouche voler. Le cœur n’est vraisemblablement pas aux discussions. Hormis quelques-uns qui se permettent des selfies (1), la plupart sont comme absents, les yeux fermés ou regardant dans le vide ou encore tête baissée.

Le temps paraît autant figé que l’atmosphère est plombée. La gorge également semble nouée puisque les bidons d’eau minérale et de sucreries offerts sont à peine entamés. En bas, un paysage de savane défile. On ne sait pas vraiment où l’on est même si on sent que l’on pénètre progressivement en territoire malien à en juger par certains indices : les toits en terrasse ou en tôle de Djibo qui font de plus en plus place à des tentes qui parsèment çà et là  l’espace sous nos pieds.

L’habitacle ne «revit» véritablement que lorsque le mécano nous indique que nous sommes arrivés et nous invite à regarder par les hublots de droite pour localiser le site. Il est 9h31. De là-haut, on n’aperçoit qu’une grande tache noire sur le sol dans laquelle des dizaines d’hommes dont certains tout de blanc vêtus s’activent.

Tout autour, des camions et autres véhicules militaires tout-terrain. Des toits de tentes saillent également d’entre les arbustes. La zone est quelque peu boisée, et notre libellule de fer est obligée de se poser à une bonne distance du site. Nous sommes précisément à Alglinta.

Oui, bien à Alglinta, car si jusque-là, c’est le nom de Gossi qui revient comme ayant été le théâtre du crash, c’est bien à Alglinta, localité située à 100 km de la ville de Gossi dont elle dépend, que les 116 passagers du vol AH 5017 ont tragiquement rencontré leur destin.

 

 Cellule «post mortem»

 

 Des militaires viennent à notre rencontre à bord d’un camion et d’un 4*4. Ils nous conduisent sur un périmètre de plusieurs centaines de mètres délimité par un cordon de couleur jaune. La dizaine de minutes que dure le trajet permet d’apprécier l’étendue du dispositif militaire quadrillant toute la zone avec, comme principaux éléments, des «casques bleus».

La tache noire qu’on apercevait du ciel est en fait un champ de ruines fait de morceaux de tôles froissés éparpillés un peu partout, d’arbustes calcinés, avec au milieu un cratère. Une odeur de brûlé se mélange à celle de terre mouillée. C’est le colonel Patrick Touron, chef du détachement et par ailleurs directeur de l’Institut de recherche criminelle, qui nous accueille.

Face à l’amas de tout ce qui reste du vol AH 5017, une minute de silence est observée à la mémoire des 116 disparus. Puis l’officier supérieur présente ses condoléances aux parents endeuillés avant de leur expliquer le dispositif mis en place sur les lieux par les éléments des Forces armées maliennes, de la MINUSMA et de SERVAL avec pour mission principale  de permettre aux enquêteurs d’être dans les meilleures conditions pour réaliser leurs investigations en leur apportant un appui logistique en ravitaillement et en équipement.

Une équipe internationale est en charge des opérations, qui comportent deux volets : l’analyse des raisons éventuelles du crash et l’identification des victimes. Pour cette dernière tâche, une cellule dite «post mortem» a été déployée. Elle est composée d’un médecin-légiste, d’un dentiste-légiste, d’un spécialiste d’empreintes digitales, d’un biologiste moléculaire et d’une personne en charge du regroupement de tous les effets personnels.

«Dans le cas présent, compte tenu de la nature du choc, de sa violence, de la polyfragmentation qu’ont subies les victimes, nous ne travaillons qu’avec le biologiste moléculaire. Nous allons donc procéder à la collecte de l’ensemble des éléments humains restant sur le site et procéder à une analyse afin de pouvoir les identifier», explique notre guide.

 

 

Paroles de spécialistes

 

 

Une autre équipe, appelée elle «ante mortem», veille à ce que l’ensemble des proches des familles puissent lui envoyer leur ADN via leur pays ou via Interpol de manière à ce que chaque fragment de corps relevé sur le site soit identifié.

«Nous avons prélevé de l’ordre d’un millier d’échantillons, ce qui veut dire qu’on a entre 3 et 5 mois pour aboutir aux premières identifications, car il est clair que l’identification et la restitution des restes ne pourront se faire que lorsque nous aurons procédé à l’analyse de tous les éléments prélevés», ajoute le chef du détachement qui précise qu’ils travaillent en étroite collaboration avec la gendarmerie malienne.

 

Le lieutenant-colonel Simon Pierre Delannoy, commandant de la section de recherche de la gendarmerie des transports aériens, coordonne l’enquête. Au petit public littéralement suspendu à ses lèvres il donne son point de vue d’expert : «L’impact a été d’une extrême violence, la nature du sol est telle qu’il n’absorbe pas l’impact et l’a restitué immédiatement. Nous avions un avion qui pesait à peu près 80 tonnes lorsqu’il a impacté le sol, et vous pouvez constater que malgré la vitesse verticale, que l’on imagine très importante, le cratère principal n’est que d’une profondeur de l’ordre d’1m 50. L’ensemble de l’énergie s’est propagé vers le haut, créant une onde de choc qui a littéralement pulvérisé l’avion et les malheureux passagers qui étaient à bord.»

 

A l’en croire, ils ont investigué comme sur une «scène de crime» et de manière très méthodique, veillant à répertorier toutes les pièces. Leurs premiers constats sur le terrain ont permis de distinguer certaines données telles que :

 

-       les morceaux du moteur pulvérisé lors de l’impact ;

 

-       les parties des trains d’atterrissage projetés jusqu’à 350 m du site de l’impact ;

 

-       aucun siège intact ;

 

-       des fragments d’armature et du cockpit ;

 

-       des bouts des ailes et de la dérive.

 

L’ensemble de ces données seront confrontées à des informations de la cellule d’enquête recueillies sur les passagers, sur l’équipage, sur l’avion, sur l’environnement météo, du contrôle, de la trajectoire de vol. C’est dire que l’enquête est prévue pour  être de longue haleine.

 

 «Les victimes n’ont pas souffert !»

 

 

Peut-on penser que tout l’appareil d’Air Algérie se retrouve à Alglinta ? Affirmatif pour le lieutenant-colonel Delannoy : «Pour nous, tout l’avion est là. Nous avons récupéré sur place des bouts d’ailes, la dérive, des éléments du plan fixe et du plan mobile de profondeur, de moteur, de cockpit, …, il y a donc une forte probabilité que le reste du fuselage soit présent. Tout cela donne à penser, mais sans rien exclure, que l’avion était intègre au moment de l’impact. Nous n’excluons rien, car un travail d’enquête consiste à prendre toutes les hypothèses et à fermer les portes au fur et à mesure que l’on avance.»

 

Et de souligner qu’un accident aérien n’est jamais dû à un seul facteur mais à une succession d’évènements. «Ce dont je peux vous assurer, c’est que les victimes n’ont pas souffert. Le choc a été d’une violence inimaginable. Nous travaillons avec minutie et rigueur, nous le devons aux familles», confie-t-il aux proches présents.

 

Mais que va-t-on leur restituer au juste ? demandent ces derniers. «Tout élément d’os et de chair collecté sera analysé. Les morceaux, qui sont très fragmentés, sont mis sous scellés et transmis aux autorités maliennes qui ont en charge leur acheminement», leur expliquent les militaires français. Selon Makane Coulibaly, le directeur de l’enquête côté malien, tout est mis en œuvre à cet effet avec le concours des experts français.

 

Les proches ont une autre préoccupation : qu’on tienne compte des pratiques culturelles, car, «généralement, au Burkina, quand il y a un accident les corps ne repartent pas dans les familles pour l’enterrement mais sont parfois directement enterrés sur place». «La France n’a pas de pouvoir de décision sur le devenir des échantillons. Nous apportons notre expertise», dit le colonel Patrick Touron. «Cela dépendra des autorités maliennes», ajoute Makane Coulibaly.

 

 La météo annonce… un orage

 

 

Quid des enregistreurs de vol, ces fameuses boîtes noires ? «Elles ont été envoyées sous l’égide du gouvernement malien à Paris, et sont en cours d’analyse et de reconditionnement, car elles ont été soumises à la même violence».

 

Le colonel Touron invite les membres des familles qui le désirent à subir sur place un prélèvement pour que leur ADN figure dans la base de données. Aucun «volontaire» ne se présente. Tous préfèrent suivre le gendarme malien qui leur fait franchir le cordon. Moment d’émotion avec ces proches, et chacun, selon sa religion, essaie de rendre un dernier hommage à celui ou ceux qu’il a perdu (s) et de garder un souvenir en prélevant du sable à l’aide d’un sachet ou d’une boîte.

 

«C’était nécessaire de venir là où tout s’est achevé entendre ceux qui y travaillent et constater ce qui reste», confie Justin Yarga, les mains encore sales du sol du site. «J’attendais le signe de ma petite amie à l’escale d’Alger. Mais rien.

Quand je me suis connecté sur le net, j’ai vu qu’Air Algérie avait perdu le contact avec son vol, j’ai appelé à l’agence, pas de réponse. J’ai foncé à l’aéroport et de fil en aiguille, les nouvelles nous sont parvenues, plus mauvaises les unes que les autres», raconte-t-il.

 

Claude Compaoré vient de laisser un bouquet de fleurs sur le site en hommage à sa sœur Sandrine. «C’est terrible, soupire-t-il. C’était pendant que je pleurais une famille amie, les Ouédraogo, que j’ai perdue dans le crash, que j’ai été informé dans l’après-midi que ma sœur aussi avait pris le même vol.

C’est vrai que j’étais informé de son projet de voyage mais je ne savais pas que c’était ce vol qu’elle devait emprunter. J’avais besoin d’être là et j’ai insisté pour être là. La famille attend un témoignage de ma part. Dans ces moments, le silence est encore plus parlant que les propos qu’on peut tenir !»

 

Boubacar Kouanda, lui, pleure encore sa sœur Kadidia qui devait rejoindre au Canada son mari avec son fils. «C’est une grande émotion d’être là parce que pour ce voyage, ma sœur a quitté Koudougou  avec son enfant pour venir chez moi. Je les ai reçus, on a fait une petite fête et je l’ai même accompagnée à l’aéroport où j’ai fait les formalités avec elle. C’est avec affliction que j’ai appris leur disparition. Etant sur ces lieux, ça me permet de constater l’ampleur du crash».

 

Le 4e parent du voyage, enfermé dans sa douleur qu’on imagine immense, se refuse à toute interview. Un mutisme que nous ne pouvons que respecter.

 

Il est temps de repartir, car la météo annonce… un orage. Ehi !

 

Le temps qu’un hélico de la MINUSMA se pose sur le site et nous redécollons. Il est 10h45. Les visages sont toujours aussi fermés qu’à l’aller mais on honore franchement cette fois-ci les rafraîchissements.

 

12h30, l’hélico se pose intact et sans désagrément sur le tarmac de la base aérienne de Ouaga. Ouf !

 

Hyacinthe Sanou

 

 

Autoportrait photo pris à partir de téléphones portables

Commentaires   

0 #3 Karim 31-07-2014 12:58
Peut on avoir les coordonnées exactes du site du crash, car j'arrive pas à trouver cette localité de Alglinta ?
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0 #2 Moumouni 31-07-2014 09:29
YA ALLAH PITIÉ POUR TES SERVITEURS, ACCORDE LES TON BEAU PARADIS. Au famille des victimes soyez sans crainte et soulagé votre douleurs en ce qui concerne vos proches ils sont tous au paradis.Q 'ALLAH SOUBHANA WA TA ALLAH LES ACCEPTENT.
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0 #1 Borgh 31-07-2014 00:11
Condoléances. Ayons le courage d'accepter la volonté divine. Dieu et Allah ont donné, Ils ont repris. Gloire. J'admire le courage et la dignité des parents des victimes.
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