Logo
Imprimer cette page

Hadj 2017 : Premier vol sous le feu des Kalachs

Hadj 2017 : Premier vol sous le feu des Kalachs

Les premiers pèlerins burkinabè se sont envolés pour l’Arabie Saoudite, dans la matinée du 14 août 2017, de l’aéroport international de Ouagadougou. Ils étaient en principe 424 futurs hadj et hadja à effectuer pour la première fois le déplacement en terre sainte pour accomplir le 5e pilier de l’islam. Un voyage qui se fait dans un contexte sécuritaire marqué par l’attaque terroriste du Café Aziz Istanbul, situé seulement à un jet de pierre dudit aéroport. Il y eût donc plus de peur que de mal et c’est entre condamnations et promesses de prier pour la quiétude au Burkina Faso que les prétendants au Hadj 2017 ont pris la direction de la Mecque.

 

 

Il est 6h 15 quand nous arrivons aux alentours de l’aéroport international de Ouagadougou le 14 août 2017. «Il faut les dévier de l’autre côté, sauf ceux qui veulent avoir accès à l’aéroport », dit un gendarme à d’autres éléments qui gardaient la barrière. Inutile de caresser le rêve d’aller sur l’avenue Dr Kwame N’Krumah : la vue sur l’avenue Loudun deux cargos militaires qui sillonnent la zone à pas de caméléon. Ils étaient toujours à l’œuvre pour circonscrire un foyer qui était des plus incandescents la veille. En effet le Café Aziz Istanbul, sis sur la plus belle artère de la capitale, venait de subir une attaque terroriste. Une agression qui survient au moment où des adeptes de l’islam s’apprêtent à se rendre en terre sainte pour sacrifier au Hadj. Si certains d’entre les fidèles n’avaient pas eu la chance d’aller en Arabie Saoudite en septembre 2015, suite au coup d’Etat manqué du général Diendéré, ceux-là y feront le déplacement avec la bénédiction des autorités du pays.

Dans la cour de l’aérogare des pèlerins, rien ne laisse voir une inquiétude quelconque. Les membres des associations pour l’encadrement des pèlerins font des rappels. Ils expliquent les différentes étapes aux candidates et candidats qui n’ont pas subi la formation. Oumarou Dicko est le vice-président de l’association des encadreurs des pèlerins. Ses coreligionnaires et lui, au nombre de trois, ont pour mission de sensibiliser les futurs pèlerins aux comportements à adopter une fois à Riyad. Cela se fait essentiellement dans trois langues (mooré, dioula et fulfulde).

Dans la salle de l’aérogare, l’équipe de la police spéciale de l’aéroport est aussi à pied d’œuvre. Elle est pilotée par l’officier de police principale Bakary Sanou, chef du bureau des ordres de la police spéciale de l’aéroport international de Ouagadougou. Ses hommes et lui s’activent pour les formalités d’embarquement des 424 pèlerins qui auront le privilège d’ouvrir le bal des vols. Ils sont au total 7208 et partiront de Ouaga et de Bobo-Dioulasso à travers 17 rotations ou vols (voir encadré pour le programme). Leur travail consiste en la vérification des documents de voyage. «Concrètement, les agents s’assurent la conformité du document avec la personne qui est physiquement présente. Si des erreurs se glissent à notre niveau et que le candidat arrive en Arabie Saoudite, il peut être refoulé et cela ne nous honore pas », explique l’officier de police. Selon les informations qui lui parviennent tout se déroule bien, sauf qu’avec les personnes âgées, ce n’est pas aisé. Sous sa direction, nous avons accès à la salle d’embarquement sans nous soumettre aux fouilles. Avant d’y avoir accès, les prétendants au Hadj doivent montrer patte blanche. Les sacs à main sont fouillés pour voir s’il n’y a pas d’objets ou d’articles interdits à bord de l’avion. Parmi ces articles, il cite les objets comme les couteaux, les fourchettes, etc., qui peuvent blesser. A cela s’ajoute le tabac à chiquer. La cola cependant peut être tolérée, mais en quantité limitée. Et de nous montrer une corde qui a été retirée du sac d’un candidat au pèlerinage. «Vous voyez cette corde-là ? Elle ne peut pas passer en cabine, on peut étrangler quelqu’un avec ça. Comme nous ne connaissons pas l’état mental de chacun d’eux, il faut être prudent. En soute ça peut passer mais pas au niveau de la cabine », précise Bakary Sanou.

 

«C’est une grande tristesse, cela n’est pas le fait d’un musulman»

 

En salle d’embarquement, Abdallah Pakmogda est fin prêt. Il n’attend plus que le départ. Il dit être apte à suivre les différentes étapes du pèlerinage. Il ne cache pas sa joie d’aller en Arabie Saoudite car c’est la toute première fois qu’il le fait mais se désole des coups de feu entendus dans la nuit. «C’est une grande tristesse. Comment peut-on se permettre de tuer des gens au nom de l’islam ? Ils disent que c’est le djihad, une personne consciente ne peut pas poser un acte pareil. Cela n’est pas le fait d’un musulman digne de ce nom. La manière dont ils veulent orienter le djihad est contraire à ce qu’ils font. Le prophète lui-même n’a pas dit d’attaquer une personne sans raison valable», argue Abdallah Pakmogda. Il promet ensuite qu’une fois les mains levées vers le ciel en terre sainte, il demandera à Allah de barrer la route à tous ces individus qui veulent ternir le nom de Sa religion. Des prières pour la paix au Faso seront également au rendez-vous. Rakièta Derra, elle, est plus dure envers ces hommes qui prétendent défendre l’islam. «C’est tout simplement des ennemis de Dieu qui veulent détruire notre pays. Puisse Allah les punir de sanctions à la hauteur de leurs actes. Que le Tout-Puissant les anéantisse ! », profère Rakièta Derra. Elle invite les autorités du pays «à ne pas dormir» face aux attaques qui se font de plus en plus persistantes. Avec une certaine conviction, elle estime qu’il ne s’agit pas d’individus venus d’ailleurs. «Ce sont des fils du pays, il y a des gens qui veulent semer la zizanie, saboter le hadj et casser le moral des pèlerins mais nous les laissons avec Dieu », insiste celle qui maudit les commanditaires de l’attaque. Hadja Mariam Soré, elle, détend l’atmosphère en donnant une version qui voudrait que les «yarsé» soient des habitants du Yémen et de l’Arabie Saoudite. «J’ai été à la Mecque plusieurs fois, c’est notre village et chaque année je le fais tant que j’en ai les moyens financiers. Nous allons visiter la famille avant de regagner Ouagadougou», raconte-t-elle, tout sourire.

N’empêche que la bonne humeur a fait place à l’incident de la nuit dernière qui a semé la panique à leur niveau. «Il y a eu des coups de feu, les informations circulent vite, nous avons appris ce qui se passait par des appels téléphoniques. Certains étaient au niveau du stade municipal. On vivait dans l’angoisse, nous sommes sous un toit mais nos enfants, étaient-ils à la maison au moment des faits, se portent-ils bien ? » s’est interrogé plus d’un. Elle confie que les mouvements des vieilles personnes vers les toilettes ne pouvaient plus se compter. La preuve qu’il y en avait qui ont eu une diarrhée soudaine. Elle invite aussi les autorités du pays à redoubler de vigilance afin que cela ne se reproduise plus.

 

Décollage imminent

 

A 7h 40 arrive le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Siméon Sawadogo. Après les salutations d’usage et les souhaits de bon voyage par anticipation, il est conduit dans une salle où il est rejoint par le ministre des Transports, Souleymane Soulama, à 8h 30. Dans cet intervalle, les futures hadja étaient à l’honneur. «Sortez vos passeports, pas de bousculades, vous allez tous passer », répète incessamment un agent de sécurité. Le rang est vite formé et c’est de nouveau un contrôle de passeports avant que les futurs passagers soient conduits vers l’avion. Les hommes aussi entrent en scène à la suite des dames. Au pied de l’Airbus A 330, un ultime contrôle est effectué avant que les candidates et candidats n’occupent leurs sièges. Le moment propice pour le ministre Siméon Sawadogo d’intervenir avec le combiné. Il avait également à ses côtés l’ambassadeur d’Arabie Saoudite au Burkina Faso. «Pour ce premier vol, nous voudrions, au nom du gouvernement burkinabè, vous souhaiter une bonne traversée. Puissiez-vous faire un bon pèlerinage et que Dieu vous protège. Puisse votre nombre à l’allée rester le même quand vous serez de retour au Burkina Faso avec beaucoup de grâces. Nous vous demandons de prier pour ce pays pour qu’il y ait la paix. L’équipage de l’avion, nous le remercions et lui confions tout ce beau monde », indique le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation. Plus tard, il fait savoir que le comité d’organisation a consenti des efforts mais qu’il y a des tares qui persistent. «Aux agences de voyages je dit ceci : celui qui prend l’argent de quelqu’un et ne le reverse pas au comité pour payer les charges afférentes au Hadj, nous prenons l’engagement de le poursuivre. Au pèlerinage passé, il y en a qui n’ont pas pu se rendre à Riyad et ils ont piqué des crises, ce n’est pas normal », martèle-t-il. Selon ses propos, le gouvernement burkinabè a soutenu l’organisation avec la bagatelle de 1,5 milliard de F CFA et il n’est donc pas question de laisser des personnes agir de la sorte.  

Selon le président de la Communauté musulmane du Burkina Faso (CMBF), El Hadj Abdramane Sana, l’incident malheureux de la veille pouvait stopper le départ des pèlerins. Il assure que les visas sont déjà à l’ambassade d’Arabie Saoudite et qu’il n’y aura pas de problème à ce niveau. Il s’indigne aussi que certaines agences prennent l’argent de candidats sans que ces derniers puissent effectuer le voyage à Riyad. «Dans une multitude de personnes, tout le monde n’est pas forcément animé de bonne volonté mais quand vous les démasquez, il n’est plus question de travailler avec eux», renchérit celui qui est par ailleurs président de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB). Il exhorte, pour finir, les prétendants au Hadj à s’investir pleinement dans l’adoration de Dieu, une fois en terre sainte. «Ce n’est pas un moment où il faut aller faire du tourisme, vous devez prier pour vous-mêmes, vos parents et votre Nation », conclut Abdramane Sana avant de gratifier ses vis-à-vis de bénédictions. C’est finalement à 9h 48 que l’Airbus A 330 a fendu les airs avec pour destination l’Arabie Saoudite.

 

Aboubacar Dermé

 

Programme des vols

 

Les 12 vols à partir de Ouaga

Premier vol : 14/08/2017 à 7h 40

Deuxième vol : 16/08/2017 à 2h 00

Troisième vol : 17/08/2017 à 20h 20

Quatrième vol : 19/08/2017 à 14h 40

Cinquième vol : 21/08/2017 à 7h 00

Sixième vol : 22/08/2017 à 23h 20

Septième vol : 23/08/2017 à 8h 40

Huitième vol : 23/08/2017 à 20h 10

Neuvième vol : 24/08/2017 à 05h 30

Dixième vol : 24/08/2017 à 17h 00

Onzième vol : 25/08/2017 à 2h 20

Douzième vol : 25/08/2017 à 23h 10

 

Les cinq vols de Bobo-Dioulasso

Premier vol : 15/08/2017 à 4h 50

Deuxième vol : 16/08/2017 à 23h 10

Troisième vol : 18/08/2017 à 17h 30

Quatrième vol : 20/08/2017 à 10h 50

Cinquième vol : 22/08/2017 à 3h 10

Commentaires   

0 #1 LoiseauDeMinerve 16-08-2017 09:42
premier vol sous les feux de MK 47. Bons ou mauvais signes ? Puisse le vrai Dieu vous ramener en paix auprès de vos familles !
Citer

Ajouter un Commentaire

Recopiez le code dans la cage au bas du formulaire avant d'enregistrer votre message. Merci!

Code de sécurité
Rafraîchir

© 2011-2014 - Observateur Paalga - Tous droits réservés I Conception: CVP Sarl.