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Décès Castro : « El Commandante » et l’Afrique

Comment, sur une page de journal, parler d’un homme qui aura marqué son époque et, partant, toute  l’histoire politique du XXe siècle ? Difficile ! L’exercice est d’autant plus difficile qu’il s’agit là d’un homme  dont la personne et l’œuvre suscitent des jugements contrastés pour ne pas dire opposés.

 

« Monstre oppresseur de son propre peuple », pour les uns, « père de la révolution salvatrice cubaine », pour les autres, « El commandante »  a toujours incarné aux yeux de l’opinion publique internationale des représentations ambivalentes.   

Quand les uns critiquent sa politique d’autarcie qui a fini par asphyxier le pays, les autres admirent sa capacité de résilience face aux visées déstabilisatrices du puissant voisin américain. 

Fidel Castro, on le porte aux nues ou on le voue aux gémonies.

D’où toutes ces réactions contrastées venues des quatre coins du monde depuis l’annonce de son décès dans la nuit du vendredi 25 au samedi 26 novembre 2016.

Mort à 90 ans, dont plus de 50 au service de la vie publique, le « Lider Maximo », comme l’appelaient ses partisans, c’est d’abord l’attaque de la caserne de  Moncada le 26 juillet 1953. Echec qui s’est soldé par la mort de plusieurs dizaines de compagnons de Castro. Arrêté, ce dernier est jugé et condamné à 15 ans de prison.

Libéré suite à l’amnistie de 1955, il sera le tombeur du général Fulgencio Batista.  C’est ensuite et surtout l’entrée fracassante  de « Barbudos » à la Havane le 8 janvier 1959.  Une date qui marque l’avènement du pouvoir castriste, révolutionnaire certes, mais pas encore  d’inspiration communiste.

Mais très vite, le train des réformes socioéconomiques entreprises sur l’île va finir par agacer l’Administration américaine, inquiète des orientations idéologiques du petit voisin.     

Depuis, les relations de méfiance  entre les deux pays  ont été marquées par de nombreux épisodes dont certains ont manqué de déclencher une grande guerre aux évolutions insoupçonnées.

C’est le cas de l’affaire dite  de la « Baie des Cochons » : en avril 1961, un millier d’exilés cubains financés et entraînés par les Américains débarquent à la plage Giron appelée « Baie des Cochons ». L’opération de déstabilisation tourne au désastre avec l’arrestation des forces débarquées, et la destruction de deux navires de la marine américaine. Un incident militaro-diplomatique qui va précipiter le pouvoir cubain dans le giron de l’ex-URSS avec la proclamation officielle de la ligne « marxiste-léniniste ».

Plusieurs autres tentatives de déstabilisation contribueront à détériorer davantage les relations entre les deux voisins avant que la « Crise des missiles » ne vienne porter cette détestation réciproque à son niveau paroxystique.

En effet, pour dissuader les USA de toute velléité d’ingérence dans les affaires internes de son protégé, le président russe de l’époque,  Nikita Khrouchtchev, entreprend de faire installer des missiles balistiques sur le sol cubain. Un projet que les Américains considèrent comme une menace, voire une agression, pour leur sécurité.

Après quelques jours de bras de fer et de tractations politico-diplomatiques entre  l’Ours russe et l’Aigle américain, un modus vivendi est finalement trouvé. Une paix des braves qui a sauvé le monde d’une troisième guerre mondiale, selon plusieurs historiens.       

Enfin, celui qui aura vu se succéder dix présidents américains a été  l’icône de l’internationale révolutionnaire dont le rêve est d’exporter le modèle cubain en Amérique centrale et ailleurs dans le monde.

Mais c’est surtout l’Afrique qui aura servi de terre de prédilection à l’expansionnisme castriste.   

En effet, durant la « Guerre froide », Cuba a fait le choix d’un interventionnisme assumé dans de nombreux pays  africains en proie à des luttes d’indépendance ou de libération.

Ainsi a-t-il apporté aides militaires, soutiens logistiques, troupes armées, moyens financiers dans plusieurs  conflits internes.

Ce fut le cas avec la rébellion « Simba » au Congo-Kinshasa où des instructeurs cubains, dont Che Guevara, ont guerroyé aux côtés de Laurent Kabila (père de l’actuel président de la RDC) avant de l’abandonner pour son « manque de sérieux ».

Mais le cas le plus emblématique de l’engagement militaire cubain en Afrique reste la guerre civile angolaise.

Avec près de 50 000 hommes, la Havane soutient le MPLA d’Augustino Neto face à l’UNITA de Jonas Savimbi, protégé des Sud-Africains et des Américains.

Aguerris aux combats, les soldats cubains prennent le dessus sur leurs adversaires lors de la bataille de Cuito-Cuanavale en 1988. La même année, un accord tripartite entre Cuba, l’Afrique du Sud et l’Angola met fin au conflit.  Après avoir obtenu l’indépendance de la Namibie, naguère sous le joug de l’Afrique du Sud,  « El Commandante » rappelle ses troupes, commandées par le général Arnaldo Ochoa Sánchez (1).

Algérie, Ethiopie, Guinée-Bissau, Mozambique, Afrique du Sud, furent autant de pays qui, dans leurs luttes d’émancipation,  ont bénéficié de l’élan de solidarité du peuple cubain.

En reconnaissance à cet engagement aux côtés des « peuples opprimés », Nelson Mandela a réservé sa toute première visite officielle hors d’Afrique du Sud à Fidel Castro en 1991.

Mais on retiendra aussi de ces relations Afrique-Cuba  l’importante coopération médicale avec l’envoi, dans plusieurs pays du continent, de missions cubaines. On l’a vu tout récemment en Guinée au moment de la phase éruptive de l’épidémie d’Ebola.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que dans le domaine de la santé comme dans celui de l’éducation, le « Lider Maximo » n’aura pas passé près d’un demi-siècle à la tête de l’île pour rien.  En matière d’accès aux soins et à la scolarisation, Cuba n’a pas à rougir devant bien des pays occidentaux dits développés.

Idem dans le domaine de la formation professionnelle des jeunes. A ce niveau, les Burkinabè se souviennent de l’«Ile de la Jeunesse » où des fournées de jeunes ont été envoyés à des stages d’apprentissage pratiques. Bien que de retour au bercail certains d’entre eux aient connu de sérieux problèmes d’insertion, d’autres par contre ont réussi à tirer leur épingle du jeu.

Et que dire du domaine de la culture, des générations successives s’étant trémoussées au rythme de sonorités dites « cubaines» comme la « salsa » le « boléro », la « guajira »  et autres musiques d’inspiration afro-cubaine comme celles distillées par le groupe « Africando » ?  

Comme on peut le constater, Cuba ne constitue toujours pas un important partenaire économique, financier ou commercial pour l’Afrique. Pour autant, il ne faudrait pas se méprendre sur son rôle dans l’histoire politique de bien d’Etats africains, des indépendances jusqu’à la fin de la « Guerre froide ».   

Malgré ce lien affectif qui devrait unir le continent noir au pouvoir castriste, on constate que le décès du « Lider Maximo » suscite peu de réactions officielles en Afrique.

Certes, les dirigeants noirs à avoir connu ou vécu cette relation fusionnelle qui liait l’Afrique à Cuba se comptent sur les doigts d’une main, mais la chute du grand « Commandante » devrait faire plus de bruit que cela.

 

Saint Alain Robespierre

 

 

Rentré victorieux de la guerre civile angolaise, le général de division Arnaldo Ochoa Sánchez a, par la suite, été accusé de corruption et de trafic de drogue. Reconnu coupable devant un tribunal militaire, il sera fusillé par un peloton d’exécution. Mais d’aucuns voient en cette condamnation une manœuvre pour se débarrasser d’un homme qui aurait pu faire  ombrage au « père de la révolution cubaine ».

Dernière modification lemardi, 29 novembre 2016 14:36

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