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Implication du caporal Madi Ouédraogo dans le putsch : «C’est l’histoire de l’hyène qui a déjà une mauvaise réputation…» (Me Michel Traoré)

A tour de rôle, assistées de leurs avocats, les personnes inculpées dans le dossier du coup d’Etat de septembre 2015 défilent devant la chambre de contrôle du tribunal militaire de Ouagadougou pour l’audience de mise en accusation. Parmi les personnes qui ont été auditionnées hier 02 novembre 2017, il y avait un certain… caporal Madi Ouédraogo. On se rappelle que ce soldat de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) était la tête de gondole du procès du dossier du projet d’attaque de la Maison d’arrêt et de correction des armées (MACA) dans le but de libérer les généraux Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé. Le caporal avait écopé d’une peine de 15 ans de prison ferme. Inculpé dans le dossier du coup d’Etat, Madi Ouédraogo était, hier, devant la chambre de contrôle avec son conseil, Me Michel Traoré. Pour son avocat, l’implication du caporal dans ce dossier est improbable et ressemble fort à l’histoire de l’hyène qui a une mauvaise réputation au point que, «dès qu’une chèvre disparaît, c’est l’hyène qui en est accusée, même si elle n’y est pour rien».

Dans ce dossier du putsch, Me Michel Traoré est également l’avocat d’autres membres de l’ex-RSP comme le colonel-major Boureima Kéré, Roger Koussoubé, Mohamed Lahoko Zerbo, Ouékouri Kossè et de Sidi Lamine Oumar, un Malien représentant de l’AZAWAD à Ouagadougou.

Au sortir de l’audience d’hier, où il a assisté le caporal Madi Ouédraogo, Me Michel Traoré a accepté de se prêter à nos questions. Il nous parle ici de ses clients, des charges qui pèsent contre eux et de sa ligne de défense.

 

 Dans le cadre du dossier du putsch manqué, quelles sont les personnes que vous défendez ?

 

Je défends une dizaine de personnes poursuivies dans ce dossier du putsch manqué : il y a le colonel-major Boureima Kiéré, Sidi Lamine Oumar, Madi Ouédraogo, Roger Koussoubé, Mohamed Lahoko Zerbo, Ouékouri Kossè et Lamoussa Badoum.

 

On constate que beaucoup d’entre eux étaient déjà dans le dossier dit Madi Ouédraogo concernant l’attaque de la MACA : c’est le cas par exemple de Madi Ouédraogo, Roger Koussoubé, Mohamed Lahoko Zerbo et Ouékouri Kossè…

 

Tout à fait, il y a un certain nombre d’éléments de l’ex-RSP qui se sont retrouvés dans pratiquement tous les dossiers passés (dossier de l’attaque de la MACA, dossier de Yimdi qui est l’attaque de la poudrière) et même dans des dossiers à venir comme celui dit du Pont Nazinon qui n’a pas encore été jugé.

 

Est-ce que certains de vos clients sont en liberté provisoire ?

 

Il y a le colonel-major Boureima Kéré qui est en liberté provisoire. Nous avons aussi obtenu la liberté provisoire pour Roger Koussoubé, Ouékouri Kossè, Mohamed Zerbo Lahoko, leurs peines couvraient leurs détentions dans les dossiers passés. Donc certains ont bénéficié de liberté provisoire mais comme ils sont impliqués dans plusieurs dossiers, ils étaient toujours détenus.

 

Le caporal Madi Ouédraogo, c’est le même qui était dans le projet d’attaque de la MACA ?

 

Oui, c’est le même. Pour ce dossier, il dit qu’il était de repos le jour des faits, qui se sont produits le 16 septembre 2015. On s’accroche à des témoignages d’une personne qui aurait dit l’avoir vu au domicile de Salifou Diallo avec une bouteille de Whisky, d’autres disent qu’il apparaît dans un élément vidéo dans la foule vers l’hôtel Laïco. Très malheureusement, le juge d’instruction ne l’a pas confronté à la personne qui dit l’avoir vu au domicile de Salifou Diallo. On ne lui a pas non plus montré l’élément vidéo qui le met en cause alors que c’est ce qu’on attendait du juge d’instruction. Il faut qu’il y ait des charges suffisantes contre lui.

Il dit que c’est à son réveil à 19h qu’un de ses oncles l’a informé que ça n’allait pas au RSP. Il est allé aux nouvelles et on lui a dit que c’est quartier consigné et qu’il ne pouvait plus repartir chez lui et il est resté au garage.

 

Qu’est-ce que vous appelez le garage ?

 

Vous savez, le RSP était divisé en plusieurs services : il y avait le Groupement des unités spéciales (GUS), le Groupement des unités d’intervention (GUI), qui sortaient pour les interventions, il y avait le groupement de commandement et de soutien, qui venait en soutien aux autres groupements et il y avait enfin le parc autos et le garage qui s’occupaient de l’entretien des véhicules. Madi Ouédraogo était affecté au garage.

Nous avons soutenu qu’il n’y a pas de charges suffisantes contre Madi Ouédraogo parce que personne n’a dit l’avoir vu tirer ou qu’il était dans une patrouille. Tous ceux qui sont passés ne l’ont même pas cité, nous sommes étonné d’être ici avec lui. Comme nous sommes en Afrique, c’est l’affaire de l’hyène, qui a déjà une mauvaise réputation, et dès qu’une chèvre disparaît, c’est elle qui est accusée. C’est ce phénomène qui est mis en exergue ici mais il appartient à la juridiction d’apprécier après tout.

 

Vous venez d’assister le caporal Madi Ouédraogo devant la chambre de contrôle pendant l’audience de mise en accusation ; comment les choses se sont déroulées ?

 

Nous sommes confiants. Le parquet n’a pu nous dire quel acte Madi Ouédraogo a commis. On l’accuse d’arrestation et de séquestration des autorités, d’attentat à la sûreté de l’Etat, de crimes contre l’humanité, d’actes de terrorisme, de dégradation de biens d’autrui, de dégradations aggravées, de coups et blessures, de meurtres.

Pour les infractions comme les coups et blessures volontaires, les meurtres, il faut identifier la personne et la victime et savoir quel acte l’auteur présumé a commis pour qu’il y ait coups et blessures volontaires ou meurtre, c’est essentiel dans les éléments constitutifs de l’infraction. On ne nous a pas présenté de victimes sur qui on aurait porté des coups. Comme l’accusation prétend avoir une vidéo, on peut identifier ces aspects, mais rien de tout ça n’a été fait, encore qu’une vidéo couvre plusieurs secteurs. On peut voir des gens passer, entrer et sortir, mais il peut y avoir des confusions également. Quant à la déclaration d’une personne l’ayant vu passer, c’est vraiment aléatoire.

Il faudrait effectivement confronter les gens parce qu’il s’agit de charges suffisantes, donc d’éléments pouvant servir à mettre en accusation un inculpé. Donc il faut que ce soit des éléments sérieux. Nous pensons qu’il n’y a pas d’éléments sérieux dans notre cas.

En ce qui concerne l’arrestation et la séquestration, le 16 septembre 2015, l’enfant de Madi était malade, il s’occupait de ses soins et de son hospitalisation et, par la suite, il est allé se coucher. C’est à son réveil à 19h, alors que les faits (la séquestration des membres du gouvernement) se sont passés autour de 13h, que son oncle qui lui a dit qu’il croit savoir qu’il y a des problèmes au RSP. Et c’est là qu’il s’est présenté au camp en tant que militaire, on lui a ordonné d’y rester. Il n’a fait partie d’aucune des patrouilles qui sont sorties et qui sont accusées d’exactions. Tous les chefs de patrouilles et les éléments ne l’ont même pas cité. Nous avons donc plaidé pour que l’ordonnance du juge d’instruction soit infirmée et qu’en conséquence, on ordonne en sa faveur le non-lieu concernant toutes les infractions et qu’on le mette en liberté. Voilà le résumé de ce qui s’est passé ce jeudi matin.

 

Dans l’autre dossier, celui de l’attaque de la MACA, Madi avait pris 15 ans de prison ferme…

 

Tout à fait. Dans ses réquisitions, le parquet avait demandé qu’il soit condamné à 25 ans. Si je ne me trompe pas, il y avait les faits de détention et de complicité de détention d’armes de guerre que nous avons pu faire tomber, et nous sommes repartis à 15 ans.

 

Parmi vos clients, vous avez cité un certain Sidi Lamine Oumar ; qui est-il, celui-là ?

 

Sidi Lamine Oumar est un membre de l’Azawad qui est au Burkina dans le cadre de l’accord de paix au Nord-Mali. Si vous vous en souvenez, notre pays a été pendant longtemps médiateur dans ces différentes crises, donc il était en contact avec les autorités du ministère des Affaires étrangères, le général Djibrill Bassolé, et le général Gilbert Diendéré pour la gestion de ces différentes crises.

Après que le général Diendéré s’est rendu à la nonciature apostolique (ambassade du Vatican), il y a eu un coup de fil entre le général et Sidi Lamine Oumar. Dans ce coup de fil, il a tout simplement dit au général qu’il était de cœur avec lui. C’est ce qui lui a valu d’être inculpé pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat. Mais l’accusation soutient qu’il avait, dans un procès-verbal de gendarmerie, promis d’apporter cinq hommes en soutien au général Diendéré. Voilà les deux éléments qui ont conduit à l’inculpation de mon client. Ce sont des éléments qu’il a contestés parce qu’il a dit que ce P-V de gendarmerie, il ne l’a jamais signé.

Devant le juge d’instruction, lors de sa première comparution, il a évoqué ce point. Dans tous les cas, nous avons dit qu’il revenait à l’instruction de dire de quels hommes il s’agissait puisque le coup de fil a été passé après que les autorités de la Transition ont été rétablies dans leurs fonctions et avaient même déjà tenu un Conseil des ministres, que les éléments du RSP avaient déposé les armes et que le protocole d’accord chez le Moogho Naaba était signé.

Franchement, on se demande bien si, à ce moment, il était réellement possible d’apporter un soutien au général. Encore que vraiment, sans être militaire, il soit illusoire de penser que cinq hommes pouvaient venir en appui pour renverser une situation où toute l’armée loyaliste du Burkina était sur le terrain et où les autorités républicaines avaient été réinstallées. Il n’était même plus question de putsch. Donc nous avons pensé que les infractions n’étaient pas du tout fondées, et nous avons plaidé pour que l’ordonnance soit infirmée à son égard et qu’on prononce un non-lieu à son bénéfice.

 

Aujourd’hui quelle est la situation de Sidi Lamine Oumar ? Est-il en détention préventive ou en liberté provisoire ?

 

Pour cette même affaire, il est pratiquement en détention depuis près de 2 ans à la MACA. Il a bénéficié, il y a environ deux mois, d’une mise en liberté provisoire mais est en résidence surveillée à son domicile.

On avait cru comprendre que la résidence surveillée ne faisait pas partie de notre arsenal juridique ?

 

Ça fait partie de notre arsenal juridique. Je n’ai pas sous les yeux les différents textes, mais il y a des dispositions du Code de justice militaire qui le prévoient, notamment en pareils cas, c’est-à-dire lorsque des étrangers sont inculpés et qu’ils peuvent bénéficier d’une mise en liberté provisoire… Cette mise en liberté provisoire doit normalement être assortie d’une résidence surveillée. Je crois que c’est légitime parce que la personne n’étant pas Burkinabè, elle peut quitter le territoire burkinabè avant le jugement. Cette disposition existe, elle est légale.

 

Entretien réalisé par

San Evariste Barro

Aboubacar Dermé

Hugues Richard Sama

Commentaires   

0 #1 Kôrô Yamyélé 03-11-2017 07:48
''....un Malien représentant de l’AZAWAD à Ouagadougou''.

- Ah oui ? Vous encouragez maintenant la logique d'un État Azawad ? Non, non et non, AZAWAD n'existe pas ! Vous pouvez approcher le gouvernement malien pour vous l'expliquer ou alors pointez-vous à l'Ambassade malienne pour vous renseigner.

Par Kôrô Yamyélé
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